‹ Les ilots d'amourChapitre 21 sur 50 · PREMIER CYCLE : COTE DES DAMES · texte numérisé non relu

PREMIER CYCLE : COTE DES DAMES

Hiigiiette de Maltravers se marie demain. Sur le canapé de sa chambre, sa toilette de noce étend la blancheur virginale de sa soie et de ses dentelles. Ce n'est pas sans émotion que la Jeune Jille s'étend pour la dernière fois dans son lit étroit et qu'elle pose sa fine tête, noyée dans l'or de ses cheveux dénoués, sur le coquet petit oreiller témoin de ses chastes rêves. Ah I de quoi demain sera-t-il fait ?

Mais voici que la porte s'ouvre, et la mère de la délicieuse fiancée, la comtesse de Maltravers, entre dans la chambre et ."^'approche du lit avec sa mine solennelle des grands Jours. Jamais on ne lui vit, sous les sévères bandeaux de sa coijfure, plus d'aristocratique dignité.

— Huguette, ma fille, dit-elle, cette

i5o l'initiation amoureuse

heure est pour vous la veillée des armes. Demain, vous ailes affronter sinon des périls, du moins des nouveautés qui ne laisseront pas de vous surprendre, que dis-Je ? de vous méduser, car Je vous ai élevée dans mon sein à la façon d'une colombe innocente. Pour vous montrer à la /muter de votre tâche, de votre devoir, il est nécessaire que vous puisiec des forces dans les glorieuœ souvenirs de notre race et que vous méditiez les noljles eœemples de vos ancêtres. Ainsi faisaient les preujc de notre lignée avant d'aller au combat. Lisez, avec tout le pieux intérêt qu'il mérite, cet antique manuscrit. Vous y trouverez honneur et profit.

Ce disant, la respectable comtesse de Maltravers dépose sur le couvre-pied azuré d'Huguette un vénérable cahier relié de solide parchemin que le temps a fortement moucheté et poussé au Jaune et sur lequel s'enlèvent en or terni les armoiries de la famille.

— Qu'est-ce donc ce cahier, ma mère ?

demande la Jeune fille.

LES MILLE ET UNE NUITS... DE NOCE Ijl

— C'est, mon enfant, la Très vaillante, bataillante et distrayante Chronique de Maltravers, où, de génération en génération, de mère en fille, les dames de notre souche maternelle ont consigné, avec la plus loyale véridicité, leurs impressions et émois de nuit de noce. Je vous laisse avec elles, ma fille. Et maintenant, instruisezvous.

Hugiiette n'y manque pas. Dès que la comtesse a tourné les talons, elle ouvre l'indiscret cahier où se succèdent des écritures de tous les temps et d'où émane, malgré la vétusté, comme un délicat et pénétrant parfum d'amour. Avec un trouble pervers et ingénu à la fois, elle se plonge dans ces confidences d'aïeules qui vont, à r instar d'un cours d'histoire, des Croisades ou règne de M. Poincaré.

Lisons, si vous voulez bien, par-dessus son épaule, cette mignonne épaule ronde qui sort des fanfreluches de la chemise et que le refet de l'abat-jour fait toute rose.

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