PI. .XVI
La Veuve de la Grande Armée.
ont péri sous les balles de l'ennemi ou dans les neig-es de la Russie qu'on l'a surnommée la Veuve de la Grande Armée.
Je rencontrai en passant le sourire de cette belle caissière. Gracieusement elle se pencha vers moi pour me demander :
« Qu'a donc Maillefer à crier si fort après vous ? »
Je lui dis de quoi il s'agissait ; puis, comme elle avait entendu la dernière phrase du capitaine, elle me régala de ce propos tout empreint d'habitudes militaires :
« Un joli g^arçon comme vous n'est pourtant pas exempt de battre le rappel aux cotillons. »
Puis elle ajoula :
« C'est vrai que vous feriez un gentil hussard. Venez donc m'attendre au Perron, ce soir, à l'heure de la fermeture du café, et nous trouverons ensemble un moyen de décider ce dur à cuire de Maillefer. »
Vous pensez bien, mon père, que je n'eus garde de manquer au rendez-vous de M^i*^ Paméla. Elle vint comme elle l'avait promis, et me dit que nous serions
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mieux chez elle pour causer. Son logement se trouvait place des Victoires, et ce nom me parut merveilleusement propre pour une beauté qui avait vécu toute sa vie parmi les héros d'Austerlitz, d'Iéna et de Wagram et qui avait mêlé à leurs lauriers les roses de sa tendresse!
Je découvris justement chez elle, pendus aux murs, couvrant les tables ou ornant les cheminées, une g-rande quantité de souvenirs g-uerriers : plumets de toutes couleurs, plaques de shakos et de ceinturons, cordons de bonnets à poil, fourragères de shapskas, hausse-cols, épaulettes, ceintures, sabretaches, etc. Elle les gardait pieusement comme des reliques et elle m'en nomma les donateurs :
« Voilà qui vient d'Aiiénor, un de la Vieille qui ne boudait pas plus à l'amour qu'au feu. Ça, c'est d'Octave, mon gueux de carabinier, ardent comme une gargousse... »
Et il y en avait comme ça, mon père, de quoi faire un bulletin à ajouter à ceux de la Grande Armée.
« Alors, me demanda M"** Paméla, vous brûlez de marcher sur les traces de tous ces braves?
— C'est mon A'œu le plus cher, mademoiselle, répondis-je.
— Comment donc, conscrit » ! fit-elle.
Ce disant, elle me déposa sur les lèvres
un baiser doux comme du velours et parfumé comme un printemps. J'étais dans rencliantement le plus complet de commencer ainsi la campagne. Nous nous prodig-uâmes de nouveaux baisers, si bien que je me trouvai bientôt dans l'état d'une charge de poudre dont la mèche est allumée et qui est toute prèle à éclater. L'explosion fut une explosion de bonheur dans les bras de M"^ Paméla, et il n'en résulta de dommage que [)our mon innocence.
Vous devinez que nous n'en restâmes pas là et que je fis de mon mieux pour prouver à la sensible Veuve de la Grande Armée que, pour le service du beau sexe, je n'étais pas inférieur à ceux qu'elle avait perdus. J'y réussis sans doute, car lorsque nous fîmes la pause, comme elle disait, mon
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enivrante maîtresse m'assura avec des transports de tendresse :
« Sais-tu que tu dames le pion à Ag-énor, à Octave et à ce hérisson de Maillefer? Tu seras de son escadron, petit, je t'en fiche mon billet. »
Le lendemain, je retournai voir le capitaine au café de Foy, et je lui contai comment j'avais fait la rencontre d'un cotillon qui n'était ni celui de ma mère, ni celui de ma nourrice.
(( Tu m'as pris au mot, blanc-bec, s'écria-t-il avec un bon gros rire. Mais je ne me dédis pas. Tope-là, te voilà hussard ! »
Vivent les belles, mon père, et vive l'Empereur !
Jean-Alexandre-Horace de puygiron.