I.ES Il.OT!^ D'AMOIK
Los Boulevards rxtériiurs.
wich. On s'y réunit vers quatre lieures, la journée finie, et, tandis que les tzig-anes sabrent des czardas, elles lisent facilement sur les visag"es tirés ou triomphants des liabitués les résultats de la journée. C'est qu'il s'ag-it de se débrouiller pour faire de bonnes affaires, et c'est à elles-mêmes que ces humbles souris g'rappilleuses proposent ce choix inéluctable : « La Bourse ou la vie ».
A cinq heures, branle-bas de combat sur le Boulevard. C'est le moment des fîve o'clock, l'essor de l'heure verte, la période d'oisiveté et de musardise qui s'ouvre, où les terrasses de café se garnissent et où les désirs, la soif de caresses gag-nent les cerveaux inoccupés et parlent en maîtres.
Alors les alertes nymphes du Boulevard déploient toute leur activité et tout leur savoir-faire. On les croise non seulement sur le boulevard, mais rue Saint-Honoré, rue Richepanse, rue Cambon et en plus grand nombre encore chaussée d'Antin. Elles sont les papillons obstinés et obsédants qui viennent se cogner inlassablement pendant
trois heures aux vitrines étincelantes d'électricité des Galeries Lafayette. C'est à croire que la maison exploite au dehors un nouveau rayon à prix fixe, comme les autres, le rayon des tendresses. Car ces vivants coupons de plaisir se débitent à prix fixe, d'après une estimation dictée par l'expérience et le sens qu'elles ont de leurs charmes et surtout de leur toilette. Cela se représente toujours par un chiffre rond, au contraire des prix des g:rands magasins traîtreusement terminés par de considérables centimes. Le payement est exigé rigoureusement d'avance, ce qui n'a rien, en somme, pour nous indigner, si l'on songe qu'il en va de même pour les loyers, les théâtres, les exhibitions d'ordre artistique, et qu'il s'agit d'un genre de commerce tenant un peu de tout cela. Parfois s'élèvent des discussions. La vendeuse estime souvent que la révélation complète et sans voiles de ses appas doit être taxée d'un supplément.
Une des phases décisives, c'est de sept à huit, quand il s'agit d'arriver à la conquête
du dîner. On n'y réussit guère, et la plupart de nos ambulatrices se contentent d'un repas modeste pris on ne sait où, tantôt seule, tantôt en tête à tête avec le personnag-e indélicat qui leur sert d'imprésario. Beaucoup ont alors fini leur journée et peu nombreuses sont celles qui font la soirée, moins encore celles qui se voient condamnées au service de nuit. On en rencontre pourtant dans les cinémas, où l'ombre propice conduit à des mises en rapport immédiates. Les brasseries du boulevard et de la rue du Faubourg-Montmartre g-ardent les plus assoiffées de gain. Pauvres colporteuses d'amour ! Elles se couchent un nombre considérable de fois, mais jamais long-temps, ni de façon à se reposer de leur marche éternelle.
Leur façon de « faire » un homme est toujours la même : un regard appuyé, mais sans un geste, surtout sans un mot qui pourrait devenir terriblement périlleux, car les « mœurs » veillent. Si l'on croit avoir levé le gibier, on s'arrête devant la devanture d'un magasin pas trop éclairé
pour attendre les pourparlers. D'autres fois, c'est simplement la conduite lente et tacite vers l'autel, c'est-à-dire l'hôtel, l'asile précaire où se célèbrent ces offices rapides. L'entrée y est rapide et brève. Les garçons s'y montrent discrets et g-lissent sur les parquets à la façon de moines convers en un parloir de couvent. Ces auberges des caresses sont d'ailleurs fort bien tenues, l'habituée y reçoit un cadeau à chacune de ses visites : mouchoir, éventail ou jarretières.
Chacun sait que les petits cadeaux entretiennent l'amour autant que l'amitié.