CRITIQUE DE LA MÉTHODE SA PLACE DANS LE DIAGNOSTIC
Après avoir montré les bénéfices que l’on peut retirer de la méthode des radiographies en coupes, il convient, à la lumière de l’expérience, de chercher à dégager sa valeur et la place qu’elle doit occuper dans la hiérar-
chie des méthodes diagnostiques.
On peut penser, à priori, que la tomographie, qui permet de dissocier les ombres des différents plans du poumon, doit en cela faciliter considérablement l’interprétation des films. En réalité, s’il en est le plus souvent ainsi, on ne saurait méconnaître que, dans cette interprétation, les sources d’erreurs sont encore importantes, car les ombres enregistrées représentent la sommation de trois couches distinctes : La couche centrale où les densifications sont reproduites fortement et, de part et d’autre, une «couche limitrophe » où les densifications sont reconnaissables mais déformées. Il s’y ajoute encore des ombres parasites d’effacement des foyers voisins, des vaisseaux, des plèvres épaissies,
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des arcs costaux et des apophyses transverses. Ces ombres parasites varient d’ailleurs considérablement avec la qualité des appareillages utilisés; ajoutons encore que les « ombres limitrophes » seront d'autant plus accusées que l’on utilisera un angle de balayage réduit.
Ces constatations, pour peu nombreuses qu’elles soient, doivent nous rappeler à la prudence dans l’interprétation des tomogrammes. À la condition de ne retenir que des images nettes, démonstratives, la tomographie ne peut, en général, entraîner un diagnostic erroné. Et fréquemment elle est susceptible de corriger les erreurs imputables à la radiographie, et souvent même fournir de précieux renseignements dans le cas où la radiographie ne peut absolument rien.
Par contre, dans un nombre de cas assez important, elle ne parvient pas à lever les doutes. Elle présente, en effet, des difficultés de lecture, des images souvent déroutantes.
Ces lacunes semblent relever de deux causes. La tomographie est une méthode où les progrès techniques sont encore possibles; notre expérience, quoique vieille de douze ans, est encore incomplète. Nous devons donc faire en quelque sorte notre éducation comme aux débuts de la radiographie et comparer autant que se peut les renseignements fournis par les tomogrammes, avec ceux apportés par la nécropsie. Il ne faut pas lui demander plus qu’elle ne peut nous donner. Comme le fait remarquer AMEUILLE, la radiographie ne sera jamais une « anatomie pathologique sur le vivant ».
La tomographie demande donc à être interprétée. Il convient de l’associer aux autres procédés cliniques et de laboratoires. Elle ne doit pas nous faire oublier lexploration radiologique classique qui devra, dans tous le cas, la précéder.
Elle n’est qu’une méthode de complément qui vient enrichir l’arsenal de nos moyens diagnostiques. Et malgré les critiques qu’on peut lui adresser, il faut reconnaître qu’elle constitue un indéniable progrès, au point que certains spécialistes de la pathologie pulmonaire, particulièrement la phtisiologie, ne pourront plus s’en
passer. Il faut donc souhaiter une plus grande diffusion de cette méthode.
Ses défaillances, plusieurs auteurs les ont signalées. En Allemagne, BOTTNER cite le cas d’un malade chez lequel la radiographie montrait une ombre dense de la partie supérieure du poumon droit avec une zone claire allongée, mal limitée. L'interprétation fut celle d’un épaississement pleural avec un processus cavitaire sous-jacent, la tomographie confirma le diagnostic de cavernes multiples du lobe supérieur droit. Le malade ayant succombé après l’intervention, en pratiquant la nécropsie J’opérateur eut la surprise de trouver dans un processus tuberculeux fibreux du lobe supérieur droit une seule petite cavité.
En France, TROISIER, BARIETY et HAUTEFEUILLE ont montré des exemples d'apparence cavitaire trompeuse d’images stratigraphiques.
En Angleterre, Mac DouGaALL a fait les mêmes réserves.
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