CHAPITRE VI
LE DIXIÈME DE I7IO. — LE CINQUANTIEME. RÉTABLISSEMENT DU DIXIEME EN lySS ET EN l'jtl]
Saint-Simon a consacre a I établissement
Saint-Simon et le 1 i- •> i 1 ,j
.. .,,^^ du dixième de 1710 quelques pages élo-
quentes, présentes à toutes les mémoires : « ... Les commissaires travaillèrent avec assiduité et grand'peine à surmonter les difficultés qui se présentaient de toutes parts. Il fallait d'abord tirer de chacun une confession de bonne foi, nette et précise, de son bien, de ses dettes actives et passives, de la nature de tout cela : il en fallait exiger des preuves certaines, et trouver les moyens de n'y être pas trompé... On compta pour rien la désolation de l'impôt même dans une multitude d'hommes de tous les états, si prodigieuse, et leur désespoir d'être forcés à révéler eux-mêmes le secret de leurs familles, la turpitude d'un si grand nombre, le manque de bien suppléé par la réputation et le crédit, dont la cessation allait jeter dans une ruine inévitable, la discussion des facultés de chacun, la combustion des familles par ces cruelles manifestations et par cette lampe portée sur leurs parties les plus honteuses : en un mot plus que le cousin germain de ces dénombrements impies qui ont toujours indigné le Créateur et appesanti sa main sur ceux qui les ont fait faire, et presque toujours attiré d'éclatants châtiments... Moins d'un mois suffît à la pénétration de ces humains commissaires pour rendre bon compte de ce doux projet au cyclope qui les en avait chargés... La compassion, les scrupules de prendre ainsi les biens de tout le monde l'avaient (le roi) fort tourmenté, mais on lui avait rapporté une consultation des plus habiles docteurs de la Sorbonne qui décidait nettement que tous les biens de ses sujets
étaient à lui en propre, et que, quand il les prenait, il ne prenait que ce qui lui appartenait... Ainsi fut bâclée cette sanglante affaire et immédiatement après signée, scellée, enregistrée, parmi les sanglots suffoqués, et publiée parmi les plus douces,
mais les plus pitoyables plaintes Tout homme, sans aucune
exception, sévit en proie aux exacteurs.... Il ne fut que trop manifeste que la plupart payèrent le quint, le quart, le tiers de leurs biens pour cette dîme seule, et que, par conséquent, ils furent réduits aux dernières extrémités. Les seuls financiers s'en sauvèrent par leurs portefeuilles inconnus et par la protection de leurs semblables, devenus les maîtres de tous les biens des Français de tous les ordres » .
Par malheur, on se ferait l'idée la plus
Complaisances dans la „ , /..it-^ «d
, , j , .., fausse de ce que fut le dixième si 1 on pre-
levée au dixième. ^ ^ ^
nait k la lettre les assertions, presque toujours contraires à la vérité, de ce brillant écrivain. « Il ne fut fait aucune inquisition des facultés de chaque particulier », dit du dixième de 1710 la Cour des aides dans ses grandes remontrances du 6 mai 177S. Il n'en fut fait aucune, en effet, et la douceur, la faiblesse même de l'exécution, contrasta si fort avec la rigueur des principes, que rien ne subsista presque des dispositions de la déclaration du i4 octobre 1710.
Le dixième devait être général : il le fut
Abonnements . . , i .n i
et rachats ^^ P^^ ^"^ nombre de corps, de villes, de
provinces, obtinrent sans difficulté des rachats ou des abonnements, les exemptant de la règle commune et transformant pour eux le dixième en une surtaxe qu'ils payèrent à leur convenance, sans aucune immixtion des agents du fisc. En tête de cette liste doit figurer le corps privilégié par excellence, le clergé de France, qui, moyennant un don gratuit de 8 millions — à peine sans doute son dixième réel d'une année — obtint déclaration formelle que ses biens n'avaient jamais été compris ni pu être compris dans ceux auxquels s'appliquait la déclaration de 1710 {N°88, note 1). A sa suite l'ordre de Malte se racheta pour 60.000 1., le clergé des Trois-Évêchés et du Roussillon pour 142.000, la ville de Lyon pour 65o.ooo S l'Alsace pour 1.590.000, la ville de Strasbourg