‹ Les Incertitudes du Diagnostic de L'amibiase intestinaleChapitre 10 sur 39 · ERA) ) QUE · texte numérisé non relu

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à l’état général 1l se ressent le plus souvent de ces troubles digestifs chroniques et des paroxysmes qui les accompagnent.

Au total, un ensemble de troubles digestifs très vagues, parfois plus nettement côlitiques, souvent d’allure très banale et pouvant alors si facilement entrer dans le cadre des entéropathies courantes, que rien ne vient stimuler l'esprit du clinicien.

Heureusement, dans la majorité des cas, les troubles intestinaux comportent une traduction objective qui attire immédiatement l’atiention : la diarrhée.

La diarrhée :

C’est le symptôme dominant, celui qui détermine le malade à venir consulter.

C’est généralement une diarrhée traînante, rebelle

— soit persistante et presque continue ;

— soit intermittente et pouvant alterner avec des phases de constipation.

« Dans la première variété, constate DENÉCHAU, les selles sont en fusée, en tas, en « bouse de vache », selon l'expression consacrée ; fréquemment brillantes, présentant du mucus non concrété, elles surviennent soit le matin, au saut du lit, soit après les repas, forçant le patient à se lever de table.

Au nombre de trois à cinq par Jour dans les périodes d’accalmie, elles se multiplient au moment de poussées provoquées par le froid, la fatigue, un

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excès alimentaire ; elles deviennent alors impérieuses et souvent sanguinolentes, empêchant toute almentation et provoquant de l’amaigrissement et une dépression de l’état général.

Dans la seconde variété, la constipation alterne avec la diarrhée, soit qu'il s’agisse d’une constipation banale cédant vite pour faire place à une longue période diarrhéique, sait qu’elle prenne, par l’existence de glaires, de peaux et membranes, l’aspect de l’entéro-côlite mueo-membraneuse. »

Ch. Marrér et Marcel BLoc, qui se sont attachés à l'étude de l’aspect des selles dans les formes de l’amibiase intestinale habituelles à nos elimats, ont pu dégager un certain nombre de caractères. « Aucun, disent-ils, n’est par lui-même pathognomonique, mais il nous a semblé qu'ils peuvent et doivent éveiller l’attention du clinicien. »

Nous avons été tenté de résumer 1e1 leur travail, non seulement à cause de l’intérêt scientifique qu'il présente, mais aussi un peu, avouons-le, pour le plaisir de souligner une imagination culinaire qui fait honneur aux auteurs, Rien n’est plus habituel aux médecins que les comparaisons empruntées au langage des cuisines ; toutefois, dans le cas particulier, ce n’est pas sans saveur que l’on découvrira, au travers de formules coprologiques, les éléments variés d’un menu sommaire.

Marrér et Brocx basent leur classification sur la présence ou l’absence de glaires apparentes.

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19 Selles avec glaires apparentes :

En dehors des selles muqueuses et muco-sanglantes classiques, les glaires peuvent apparaître sous les aspects suivants

a) Dans les selles liquides un peu collantes, de couleur bilieuse ou jaune ocre, on observe en suspension des grains muqueux semblables au fapioca bien cuit, du volume de deux ou trois grains conglomérés.

b) Plus abondant, le mucus constitue des glaires translucides, de volume variable, glissant dans le liquide aqueux comme de l’albumine d'œuf cru.

c) Fréquemment, et dans les formes prolongées, une sérosité verdâtre assez épaisse tient en suspension de nombreux débris muqueux eflilochés, souvent enchevêtrés, « semblables aux écheveaux que forment certaines herbes marines ».

d) Le mucus peut être parfois congloméré et donner l’aspect de soupe à l'œuf ou au vermicelle. Quand la selle est plus solide, ce dernier type donne l'aspect général d'œuf brouillé.

e) Les glaires peuvent être plus abondantes, épaisses, teintées d’une couleur allant du brun caramel au vert doré, translucides ou opaques.

f) À côté de ces selles, dont la glaire fait tout l’aspect, il en est d’autres nettement fécaloïdes, semi-liquides, molles ou même solides £t moulées, accompagnées d’îlots muqueux, un peu sanguinolents, surnageant à la surface de la masse fécale.

g) Un type plus rare, mais curieux, de selles mélangées de bile, de mucus et de sang, donne parois l’aspect de glace framboise-pistache fondue.

20 Selles sans glaires apparentes :

a) Dans certains cas avec syndrôme cholériforme, on

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peut recueillir des selles séreuses abondantes (3 à 4 litres), d’un liquide pâle, gris-sale, sans débris en suspension.

b) Dans l’amibiase suraiguë, M. Brocn a parfois observé un aspect sirupeux, collant, brillant, dû peut-être à du mucus incorporé.

c) Les selles plus fécaloïdes ont l'aspect variable de purée de lentilles ou de pois, ou de crême au chocolat, plus ou moins consistantes.

Plus tardivement, ou dans les périodes d’accalmie, la masse fécale devient plus cohérente, moins étalée, et sa surface grenue achève la ressemblance, que lui donne tout son aspect, avec la bouse de vache.

d) À côté des formes précédentes, qui semblent parfois se succéder dans un eycle évolutif, il y a des malades qui n’ont jamais eu que des selles d’indigestion, c’est-à-dire : hquides, plus ou moins jaune-sale, avec débris d'aliments non digérés, surtout de légumes à écorce.

Dans l’évolution de la maladie, ces types présentent parfois un ordre de succession analogue à celui de la description : de la selle avec glaires à la selle bouse de vache. Parfois il y a alternance. Chez d’autres, les plus nombreux, on a pendant toute la maladie une diarrhée tenace, généralement abondante, faite de selles en purée, ocre, collante, à débris mal digérés.

Nous insisterons, avec MarTrér et BLrocux, sur le fait qu'aucun de ces caracières coprologiques n’est en soi pathognomonique ; tout leur intérêt vient de ce qu'ils attirent plus particulièrement l'attention sur le gros intestin et permettent d’orienter les recherches vers un diagnostic plus précis.

L'analyse microscopique des selles et la rectoscopie, ainsi qu'une étude radiologique, seront alors à envisager.

La rectoscopie et, surtout, la recherche des amibes dans les selles, sont des épreuves indispensables pour l'affirmation du diagnostic étiologique. Mais le grand nombre des causes d’échec qui viennent en atténuer la portée nous a contraint d’en grouper la discussion dans des chapitres spéciaux.

Radiologie

L'examen radiologique, au contraire, qui ne prétend pas trancher, mais seulement orienter le diagnostic, mérite de retenir dès maintenant notre attention.

Le principe n’en est pas nouveau et, déjà en 1917, notre maître R. BENsAUDE communiquait les résultats qu’il avait obtenus avec FLoraND, par lavements barytés. Mais c’est surtout à SPÉDER, de Casablanca, que l’on doit la mise au point récente de cette méthode de diagnostic de la côlite amibienne.

Elle comporte essentiellement une exploration attentive du transit intestinal, puis un lavement opaque.

Il ne faut pas lui demander plus qu’elle ne peut donner. Les clichés ne décèleront guère que des signes de côlite, avec spasme en général segmentaire des côlons et aspect flou des contours coliques, signes non spécifiques évidemment, mais venant

tout de même authentifier les présomptions cliniques de côlite.

Nous avons eu la possibilité de prendre connaissance de l’étude approfondie que constitue le rapport de Sréner au Congrès del Amibiase d'avril 1936.

Sans entrer dans le détail de ses conclusions — ce qui nous entraînerait, dans le domaine de la radiologie pure, très en dehors de notre sujet — nous voulons tout de même souligner quelques points qui nous ont semblé particulièrement importants. Tout d’abord, comme le spécifie SPÉDER, l’examen radiologique ne peut et ne doit avoir la prétention de poser le diagnostic de côlite amibienne, et en aucun cas.

IL est seulement le « test d'alarme » devant diriger les recherches du côté du gros intestin :

— Soit en montrant l’absence de lésions organiques sur d’autres viscères soupçonnés cliniquement ;

— Soit en décelant l’existence de troubles de fonctionnement du côlon et de lésions de sa muqueuse, qui sont à eux seuls susceptibles d’expliquer les troubles relevés chez le malade.

Les données radiologiques orienteront les investigations du médecin vers l’étude du côlon, l’amèneront à faire pratiquer des examens des selles et parfois à tenter un traitement d’épreuve.

Les aspects radiologiques du côlon amibien sont, selon SPÉDER, commandés par les caractères anatomo-pathologiques de l’amibiase intestinale : seule Pamibiase intestinale donne des lésions localisées

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et réparties sur les différents segments de l'intestin, avec des secteurs intermédiaires normaux ou beaucoup moins touchés par le processus pathologique. Cette disposition par foyers ou groupes de foyers est presque pathognomonique de l’amibiase intestinale. De même, l’évolution des lésions qui, de la sousmuqueuse et de la musculeuse, progressent vers la surface de la muqueuse, appartient aussi en propre à cette affection et commande les réactions neuromusculaires précoces et intenses que l’on observe. Il en résulte une série d’aspects, minutieusement classés par SPÉDER, qui précise : € [l n’y a pas une image de la côlite amibienne, ul y « des tableaux. »

L’étude radiologique du gros intestin est done d’une utilité incontestable dans l’amibiase intestinale. Elle tire ses indications majeures :

— d’une part, de caractères clinique simpréais ou erronés, qu’elle permet de redresser ;

— d'autre part, d'examens rectoscopiques et surtout microscopiques négatifs, qu'elle engage à

répéter.

Nous nous sommes étendus à dessein sur labondance des symptômes de la côlite amibienne chronique, dans sa forme la plus habituelle de côlite généralisée.

Avant d'aborder le chapitre des formes atypiques, nous voudrions nous résumer rapidement et commenter tout de suite trois de nos observations.

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Des troubles intestinaux à type de côlite, avec retentissement plus ou moins marqué sur tout le tractus digestif et l’état général ; — des signes coprologiques particuliers ; — des données radiologiques spéciales, tels sont les éléments du syndrôme, éléments nombreux et variables, ce qui témoigne de leur infidélité.

Lorsque l’examen clinique a permis de reconnaître la côlite, pour le diagnostic étiologique de la côlite suspecte il faut penser à rechercher un foyer d’infestation. (Malades ayant séjourné aux colonies ou fréquenté des coloniaux ; anciens combattants de 1914-18 ; habitants des ports ; etc...). À la notion d’un contage possible, s’il s’ajoute une éosinophilie sanguine, 1l sera permis de penser fortement à une parasitose.

Nous verrons ci-dessous dans quelle mesure 1l y a heu d’y adjoindre les renseignements fournis par la rectoscopie. Enfin, nous savons que le seul examen des selles peut catégoriquement définir létiologie amibienne, lorsqu'il est positif.

Déjà nous entrevoyons, pour diagnostiquer la côlite amibienne, la nécessité de tout un faisceau d'éléments. Déjà nous pouvons supposer les incertitudes qui naîtront de l’absence ou de l’imprécision de l’un ou l’autre de ces éléments :

— soit qu'il y ait contradiction apparente, entre la clinique et le laboratoire : si la clinique oriente délibérément vers l’amibiase intestinale, quand les examens de laboratoire deumeurent négatifs ;

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— soit que la faillite des signes cliniques empêche de solliciter des examens complémentaires, qui pourraient être décisifs.

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