CHAPITRE TV
INCERTITUDES RECTOSCOPIQUES
« [l'est d’abord une donnée fondamentale : c’est que, dans l’amibiase intestinale, la localisation est, avant tout, rectale ; de sorte que, s’il m'y a pas d’ulcération recto-sigmoïdienne, on peut affirmer, presque à coup/sûr, qu'il n’y en a pas ailleurs. De la présence ou de l’absence d’ulcérations rectales, on peut donc conclure de façon très ferme pour ou contre le diagnostic d’amibiase intestinale. »
C’est ences termes que le professeur CarNor aborde létude du chapitre « Rectoscopie » dans la côlite amibienne. Classiquement donc : localisation obligatoire des ulcérations amibiennes sur la muqueuse recto-sigmoïdienne, abordables par conséquent au tube endoscopique.
Seuls les spécialistes discutent ce point de vue d’une façon presque unanime ; mais, en pratique, cetie notion reste encore la doctrine et le ton, lopimion générale.
Nous ne saurions trop ansister cependant, à la suite de notre maître le DT R. BEensaupe, sur le
caractère absolu de cette affirmation, contre laquelle se sont élevés déjà de nombreux auteurs. CARLES et Froussarp écrivent : « Par le seul examen rectoscopique il nous paraît impossible d’affirmer la nature amibienne de la dysenterie » — et RacHeT ajoute « qu’il n’y à pas d’aspect rectoscopique pathognomonique de la dysenterie chronique ».
Tous les intermédiaires sont possibles entre lPulcération diphtéroïde pathognomonique des classiques et la muqueuse rectale absolument saine ; et, pour clarifier les idées sur l’endoscopie dans l’amibiase intestinale, nous croyons qu'il faut distinguer honnêtement trois sortes de cas :
19 Ceux où Le rectoscope à lui seul fait le diagnostic ;
20 Ceux où le diagnostic reste une présomption ;
30 Tous les cas atypiques.
10 Cas ou LA RECTOSCOPIE SEULE FERAIT LE Ag
Il existe vraisemblablement des aspects qui doivent faire poser avec une certitude absolue le Ag d’amibiase. Mais ajoutons immédiatement qu'il ne sont pas la règle.
Notre maître, le DT R. Beusanpe à pu écrire : « Les renseignements fournis par le rectosope ne semblent pas, au premier abord, concorder avec ceux que l’on trouve dans les ouvrages classiques. Non seulement je n’ai pas observé les grosses ulcérations décrites dans lamibiase intestinale, mais encore la distinction établie habituellement entre la dysenterie
amibienne et les autres types de dysenterie n’a pas été confirmée par mes observations. Je n’ai jamais rencontré les grandes ulcérations serpigineuses à bords décollés décrites par les classiques. »
Cherchant à expliquer ces faits le DT R. BensauDe ajoute : © La contradiction que je relève entre les descriptions des auteurs et mes constatations peut n'être qu'apparente, si l’on veut bien tenir compte que, d’une part, mes examens rectoscopiques ont été surtout pratiqués sur des malades atteints de lésions légères ou moyennes, suivies pour la plupart de guérison ou d’un passage à l’état chronique, et que, d'autre part, les descriptions des classiques reposent généralement sur des constatations nécropsiques relatives à des lésions parvenues à leur maximum d'intensité et ayant entraîné la mort des malades, lésions d’ailleurs modifiées par l’altération cadavérique des tissus. Ajoutons à cela que la dysenterie amibienne est souvent compliquée d’une infection secondaire, dûe à des bacilles dysentériques ou autres, qui lui a fait perdre ses caractères primitifs. »
C’est donc à des cas très graves, ayant eu un dénouement mortel, que s'appliquent surtout les descriptions classiques, dont nous donnerons ici un résumé succinct.
Les lésions intestinales propres à la dysenterie amibienne sont caractérisées par des ulcérations de la muqueuse d’un aspect particulier :
Ulcérations profondes, semblant consécutives à
des abcès en bouton de chemise ou à des escharres, à contours polycycliques ou serpigineux,à bords décollés, itaillés à pie, surplombant un fond bourbillonneux, purulent ougangréneux. Elles s’accompagnent de lésions périphériques congestives, hémorragiques ou œdémateuses, avec épaississement inflammatoire de la paroi intestinale.
Get aspect spécifique n'apparaît pas toujours de prime abord. Le plus souvent, en effet, sur un fond de muqueuse rouge, parfois ecchymotique, on voit se détacher des plaques blanchâtres, arrondies, formées par des fausses membranes plus ou moins épaisses, et ce n’est qu'après les avoir ‘enlevées qu’on aperçoit les ulcérations qu’elles recouvraient.
De tels aspects sont rarissimes. [ls correspondent aux formes aiguës de la maladie, ou aux poussées aiguës de la phase chronique. Souvent d’ailleurs, à ce stade, les altérations peuvent devenir particulièrement intenses et rendre l’examen impossible ou, du moins, très difficile. Dans ces cas, comme chez deux malades de CarLes et FroussarD, l’amibiase intestinale réalise une véritable rectite diffuse mucopurulente : le rectum, devenu un tube à parois rigides, présente une muqueuse rouge vif, framboisée, desquamée, recouverte par places d’un enduit muco-purulent, et, après nettoyage à l’aide d’un tampon d’ouate, la surface apparaît charnue, bourgeonnante, saignante, pouvant être comparée à la plaie que provoque une brûlure de second degré.
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Il est bien évident que de telles lésions suflisent à établir le diagnostic des états dysentériques ; que ces procto-sigmoïdites, hémorragiques pures, érosives et ulcéreuses, avec foyers de nécrose superficielle, à fausses-membranes et même végétantes, imposent le diagnostie de dysenterie, d'état dysentériforme ou de côlites graves ; mais il n’en reste pas moins vrai qu'il nous est impossible de préciser sices lésions appartiennent à ladysenterie amibienne.
On admet l’amibiase intestinale comme leur eause de beaucoup le plus fréquente, mais il existe également des côlites dysentériformes, rares mais incontestables, déterminés par d’autres agents pathogènes, parmi lesquels notre maître le DT R. Bexsaupx a isolé : les bacilles pseudo-dysentériques, les bacilles para-typhiques, le balantidium col, les lamblias.
Pour conclure, nous soulignerons à nouveau l’extrême rareté des cas dans lesquels le diagnostic peut s'établir de façon ferme sur la seule constatation rectoscopique de lPulcération diphtéroïde patho-
gnomonique.
20 Cas OU LE DIAGNOSTIC RESTE. UNE PRÉSOMPTION
La majorité des cas moyens d’amibiase intestinale subaiguë et chronique peut être dépistée par la rectoscopie. Est-ce à dire que la rectoscopie seule en puisse faire le diagnostic ? Certains auteurs l’affirment ; nous ne le pensons pas.
Friepæz éerit : (En l’absence d’amibes, on peut et