PHASE DE TRANSITION
La guerre, avec le brassage des peuples qu’elle amena, transforma complètement nos idées. Les conditions d’existence des troupes aux tranchées, la multiplicité des contages, l'hygiène défectueuse et l'occupation par les Français de tranchées ayant servi aux Indigènes, permirent la dissémination rapide de l’infection.
C’est alors que se posa plus particulièrement le problème de lamibiase autochtône et qu'avec Doprer, Ravaur et son école, de nombreux auteurs s’attachèrent à la question.
En août 1915 et les mois suivants, un grand nombre de cas de dysenterie amibienne sont observés sur le front. Les malades provenaient surtout de régiments ayant tenu garnison au Maroc ou dans les colonies tropicales — chez ceux-ci rien d’anormal. Mais ce qui surprit, c’est que, parmi les malades, se trouvèrent des soldats de tout âge n'ayant jamais quitté la France.
En quelques semaines, Ravaur et KRONULITSKY observèrent deux fois plus de cas de dysenterie amibienne autochtône qu’il n’en avait été constaté
en l’espace de 9 ans !
L’année 1917 vit se multiplier les publications.
MR Tr
Doprer, dans une belle revue générale, écrivait : «Les hostilités se prolongeant et la souillure du sol augmentant, par suite de la vie de tranchées et du caractère de stationnement pris par la guerre, l’'amibe dysentérique apportée par les coloniaux se répandit aisément ; on vit alors apparaître, en juillet et août 1915, les premiers cas dûment constatés d’amibiase intestinale chez des soldats métropolitains n’ayant jamais quitté le sol français et même dans la population civile des cantonnements occupés par les troupes...
Ensuite les observations se sont multiphiées et àl s’est créé un état d’endémie latente qui, pour ainsi dire inconnu avant la guerre, s’est institué progressivement à la suite des apports venus de nos possessions coloniales.
Les amubes dysentériques que l’on perçoit à l'examen microscopique direct dans les cas de dysenterie autochtône sont en tout morphologiquement semblables à celles que l’on observe dans la dysenterine amibienne originaire des tropiques. Les caractères histologiques sont identiques de part et d’autre, et les kystes de l’une sont exactement semblables à ceux de l’autre. Puis, ces amibes sont également capables de réaliser chez le chat la dysenterie amibienne expérimentale. »
Le professeur CarNoOT soulignait, avee Turquéry, là fréquence de cette affection : «Le nombre des dysentériques autochtônes a augmenté progressivement à mesure que se multiphiaient les occasions
pente
de contage, à mesure aussi que l’on savait mieux reconnaître et dépister microscopiquement les amibes et les kystes. Actuellement, les cas de dysenterie autochtône ont fait tache d'huile et on les rencontre très souvent. »
Enfin, Ravaur, dans une revue d’ensemble sur l’amibiase chronique en France à la fin de 1916, en précisait les caractères cliniques :
«À côté des formes objectivement dysentériques, caractérisées par des crises aiguës, des débâcles de selles glairo-sanguinolentes, l’amibe détermine également des troubles intestinaux beaucoup plus discrets. » L'auteur insiste sur les formes larvées et anormales et sur les erreurs de diagnostic fréquentes, qui plaçaient la fameuse «diarrhée des tranchées » sous les étiquettes variables de :
Gastro-entérite avec anémie,
Entérite chronique,
Diarrhée avec faiblesse générale, ete…, etc. et presque Jamais :
Dysenterie.
Ravaur concluait : « Il faut penser que si l’amibiase intestinale persiste encore après la guerre, elle affectera de préférence, sous nos climats, cette forme particulièrement torpide (la forme chronique). Dès maintenant et dans l’avenir, tout médecin, aussi bien à la ville qu’à la campagne, peut donc la trouver devant lui. Cette rencontre ne doit plus le sur-
prendre, »
SAONE
30 La PÉRIODE CONTEMPORAINE.
A permis de vérifier les prévisions de Ravaur.
Actuellement, en effet, les manifestations intestinales de l’amibiase se présentent le plus souvent et d'emblée sous une forme chronique d’un polymorphisme clinique extrême ; et ce caratère protéiforme de l’affection en rend le diagnostic souvent très difficile.
Sans vouloir voir de l’amibiase intestinale partout, il faut cependant reconnaître l'importance qu’elle occupe aujourd’hui dans le cadre des côlites et admettre que, parmi toutes les côlites, c’est celle qui, une fois reconnue, donne les plus grandes satisfactions thérapeutiques. D’où l'intérêt de pouvoir en faire le diagnostic précoce, guidés que nous devons être par les notions de fréquence de l’amibiase intesüUnale sous nos chimats et du danger qui s'attache à sa méconnaissance par la clinique et le laboratoire,
Par ailleurs, des:conversations multiples avec des médecins nord-africains nous ont fait pressentir un autre danger : celui de dire : amibiase intestinale, alors qu'il ne s’agit que de séquelles parasitaires ou d'irritation toxique médicamenteuse. Nous admettrons l’irritation toxique chez le côlitique colonial continuant de traiter son état intestinal comme une amibiase, alors même que celle-ci n’a pas été scientifiquement ou péremptoirement démontrée au début.
Quant aux séquelles de l’amibiase intestinale, nous
De
verrons toutes les diflicultés qui s’attachent à ce problème.
L'expérience montre que l’amibiase intestinale peut revêtir tous les aspects cliniques. Les auteurs étant d'accord pour insister sur l’atteinte côlique initiale, le but de notre travail est d'exposer combien cette localisation est délicate à prouver. Nous croyons d’ailleurs que le problème est beaucoup plus complexe, même envisagé sous le seul angle de la côlite.
S1 parfois, comme l'écrit le Professeur Carnor : «par la clinique, par l’examen macroscopique et microscopique des selles, par l'examen endoscopique de la muqueuse, le diagnostic peut être porté catégoriquement », dans la grande majorité des cas on se heurte à des incertitudes dont l'importance a retenu notre attention.
Pour les souligner de façon plus évidente, nous les étudierons successivement des points de vue :
Clinique.
Rectoscopique.
Parastitologique.