CL. GBRVAIS-COURTELLEMONT
F1G. 52. — Soubassement de l’abside de la cathédrale de Parenzo (Istrie).
DANS L'ANTIQUITÉ EDAUMMOMENDAGE 27
Après le vi° siècle, le revêtement des lambris en opus sectile est abandonné en Italie par les décorateurs des églises. Il est conservé en Orient, mais il se simplifie. Les murs des églises de Constantinople et des églises grecques! sont couverts, jusqu'à la hauteur où commencent les mosaïques, de plaques de marbre uni, où les veines polychromes remplacent les fantaisies de la marqueterie. C’est par exception que dans les absides de Daphni de petits triangles et des carrés de marbre forment sur les parois des combinaisons géométriques?. Cependant, une opulente décoration de marbre découpé continuait à tapisser le pavement des églises orientales.
CL, Aria.
Fic. 53. — Pavement de Saint-Marc de Venise. Mosaïque mélangée aux marqueteries de marbre.
Les marqueteries dessinent parfois sur le sol des figures d'hommes et d'animaux, qui sont des emprunts à l'Orient païen et musulman où même des souvenirs de l’art antique : ainsi, sur le pavement de l'église de Pantocralor, à Constantinople, on distingue parmi les incrustations de marbre des silhouettes d’aigles et les travaux d'Hercule*. Le plus souvent, le décor est purement géométrique : ilse compose de rectangles et de méandres dont les cercles s'enroulent indéfiniment les uns aux autres : Sainte-Sophie donne l’un des premiers modèles. Au x1° siècle, le pavement de Saint-Luc, en Phocide, et celui de l’église d’Iviron, au mont Athos, sont décorés de grands cercles multicolorest. On
1 Eglises de Daphni, près d'Athenes, de Saint-Luc, en Phocide, de la Vierge (Kahrié Djami) à Constantinople.
? G. Millet, le Monastère de Dapbui.
3 Salzenberg, Altchristliche Baudenkmale von Constantinopel, pl. XXXVI.
! Didron, Annales archéologiques, t. XXI, p. 271-272.
en trouve des exemples remarquables sur le pavement composite de Saint-Marc de Venise (fig. 53).
La pratique des pavements de marbre multicolore revint d'Orient à Rome. Au ix° siècle, un pavement à dessins géométriques très simples complète la décoration de la chapelle de Saint-Zénon, élevée par le pape Pascal I dans la basilique romaine de Sainte-Praxède, et qui, avec ses parois revêtues de marbre et sa coupole ornée de mo-
saïque à fond d'or, est tout entière « un joyau d’art oriental! ». Au milieu des ténèbres du x° siècle, la technique de la marqueterie de marbre se perdit, comme celle de la mosaique d’émail, dans les ateliers romains.
Il fallut, pour mettre à la mode en Italie les incrustations de marbres polychromes, une nouvelle importation orientale.
En 1066, l'abbé Desiderius, devenu pape sous le nom de Victor Il, achève la gigan-
FiG. 54. — Incrustations de mosaïques, x1° siècle. Musée lapidaire du Mont-Cassin?.
tesque basilique du Mont-Cassin et s’apprête à la décorer. Ilfait venir de Constantinopledes ouvriers habiles en l’art des mosaïques et des incrustations afin d'exécuter des travaux dont les Latins avaient perdu les secrets. Les œuvres de ces étrangers, décrites par Léon d'Ostie, passaient pour être sans égales. Il subsiste encore dans la grande basilique de Saint-Benoît des restes d’un pavement à décor géométrique. Les ouvriers grecs avaient aussi composé avec des marbres concassés de véritables mosaïques à figurines animales. Tel est un fragment de ciborium d’autel dans lequel des arabesques et des silhouettes de griffons ont été creusées puis remplies de morceaux de marbres verts, rouges et jaunes* (fig. 54).
Ce fragment est remarquable : à côté des mosaïques de pavement à décor géométrique que l’on peut appeler des mosaïques horizontales, il offre, vers la fin du xI° siècle, un exemple de mosaïque de revêtement, que l’on peut appeler verficale.
1 E. Bertaux, Rome, Il, p. 50.
? Nous devons la communication de la figure 54 à l’obligeance de M. Schlumberger qui l'a publiée
dans /’Epopée bygantine, HI, p. 153, Hachette, Paris, 1005. 3E. Bertaux, /’Art dans l'Italie Méridionale, p. 176.
Cr. MOSCIONI.
TRONE PONTIFICAL DE SAINT-LAURENT-HORS-LES-MURS. ROME MOSAÏQUES ROMAINES DES COSMATI.