CHAIRE DE LA CATHÉDRALE DE SALERNE MOSAÏQUES ARABO-SICILIENNES
De telles mosaïques existaient certainement en Orient sur des clôtures de chœur et des plaques d’ambon. On en peut juger par quelques plaques apportées de Constantinople et de Grèce à Venise et qui se trouvent encastrées aux murs de l'église Saint- Marc.
Les décorations géométriques dont les artistes de Constantinople avaient appris la technique aux moines du Mont-Cassin furent introduites par ces moines à Rome et y firent fortune au xn° siècle. Les pavements et les plaques de chancels et d’ambons se couvrent de mosaïques bhorigontales et verticales dont le principe est le même : des combinaisons géométriques assez simples, le plus souvent stelliformes, composées de morceaux de marbres multicolores formant des figures régulières, des disques ou des rectangles de porphyre détachés sur un fond de marbre blanc (fig. 53). Cette méthode fut conservée et employée à profusion par ces générations de marbriers romains, connues
sous le nom générique de Cosmati, du nom de la famille qui, pendant le xmr° siècle, s'est acquis le plus de célébrité. Ils étaient à la fois marbriers, sculpteurs et même
architectes, et on leur doit la création d'innombrables tombeaux, encadrements de
portes, ambons, trônes, clôtures de chœur, candélabres, pavements et cloîtres aux colonnettes torses ou cannelées enrichies de cette brillante parure de mosaïques incrustées (PL V).
Les mosaïques décoratives de la région campanienne, qui se multipliaient à partir
de la fin du xii° siècle depuis
le golfe de Salerne jusqu’au FIG. 55. — Mosaïque de pavement de Saint-Clément, à Rome, golfe de Gaète, ne relèvent A dl pas, comme on l’a cru longtemps, de Rome et du Mont-Cassin. Leurs matériaux et leurs dessins sont plus riches et plus complexes ; ce sont pour la plupart des mosaïques verticales. Les baguettes d’émail aux tons chatoyants et les entrelacs polygonaux qui se croisent à l'infini sur les ambons et les clôtures de chœur de Salerne (vers 1175), de Sessa (vers 1250), appartiennent à l’art arabo-sicilien, directement inspiré, non pas de l’art byzantin, mais de l’art musulman qui déployait sur les mosquées et les palais du Caire ses fantaisies géométriques (pl. V). En France l’emploi des mosaïques verticales à décor géométrique est totalement inconnu. Les incrustations de marbre et d'émail qui brillent en Campanie et à Rome n'ont aucune ressemblance avec les frises incrustées des cathédrales de Lyon et de
Vienne. Même sur les pavements, l'emploi de la marqueterie de marbre est exception-
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nel. Un seul pavement d'église française ressemble exactement, par l'emploi des marbres antiques et la simplicité des dessins géométriques, aux pavements des Cosmaii.
C'est celui de l’église bénédictine de Saint-Benoît-sur-Loire! (pl. VI). Mais ce pavement ne remonte pas au moyen âge. Il a été exécuté seulement au temps du cardina
Fic. 36. — Pavement de marbre dans la crypte de Saint-Irénée à Lyon (ix® siècle ?).
Duprat, qui, vers 1535, fit venir « un grand nombre de pierres très riches et très précieuses de Rome et d’autres lieux éloignés, pour paver l’église susdite, comme marbre jaspé, porphyre et pierre de serpentine, avec grands frais ». Peut-être le pavement de Saint-Benoît-sur-Loire n'est-il qu'un pavement du xu° siècle pris à quelque église de Rome. En tout cas il n'a pas été exécuté au bord de la Loire par un marbrier romain. Deux de ces marbriers, Pietro et Oderisio, voyageaient vers 1265 jusqu’en Angleterre où ils décorèrent des tombeaux et un pavement dans l'église de Westminster. Mais ils ne se sont pas arrêtés en France; aucun de leurs compatriotes n’est venu y travailler.
Les mosaïstes français qui ont composé au moyen âge des pavements de marbre se sont contentés d’assembler des figures géométriques élémentaires, d’après des procédés qui pouvaient remonter à l’époque carolingienne. Encore ces pavements sont-ils rares. L'un des plus remarquables est celui qui s’est conservé dans la crypte de Saint-
! Notre reproduction est exécutée d’après le très beau relevé de M. Lisch, conservé aux archives
des Monuments historiques.