‹ Les incrustations décoratives des cathédrales de Lyon et de VienneChapitre 14 sur 44 · PL. VII · texte numérisé non relu

PL. VII

seule joue le rôle qui, en Auvergne, est attribué à la lave et à la brique. Le groupe lyonnais a-t-il imité le groupe auvergnat avec les matériaux qui se présentaient aux constructeurs ?

Ces deux groupes ont-ils suivi une tradition commune ? Cette tradition eût pu venir d'Orient. La polychromie extérieure obtenue

en Grèce au moyen de briques disposées ÉMALOLS FiG. 61. — Tympan du portail de la basilique Saint-Pierre,

sens fut imitée en Italie et LAURE

en Sicile au moyen de matériaux d’origine volcanique. La décoration en pierre noire et grise appliquée aux absides de la basilique de Monreale, près Palerme, et aux arcades du cloître voisin, aux absides de l’église calabraise de Santa Maria del Patir,

CA

près Rossano, et à plusieurs église de Ravello et de Sorrente, près de \aples, ressemble singulièrement à la décoration du cloître de Notre-Dame du Puy'. Cependant il est très doueux que les constructions des églises d'Auvergne et des vieilles églises de

-von et de Vienne se soient inspirées de modèles orientaux, même de ceux

que l'Italie avait connus. Si une importation du système de la polychromie extérieure avait été faite d'Orient en France, c'était sans doute dès l'époque carolingienne. Les grandes croix du clocher d’Ainay et de la Manécanterie n’ont pasleursprototypes

! Pour l'étude de ces différents édifices,

consulter le magistral ouvrage de M. E. Ber-

taux, Art dans l'Italie méridionale, p. 515 et

FiG. 62. — Fausses imbrications de la basilique Saint-Pierre,

à Vienne, suiv.

en Orient, mais dans des édifices tels que l’église de Saint-Généroux. Peut-être les incrustations du portail de Saint-Pierre de Vienne sont-elles directement imitées d’un édifice carolingien, auquel appartiennent encore les murs latéraux de l'église, eux-mêmes décorés de fausses incrustations‘.

Quelle que soit l'origine de ces incrustations, leur existence à Lyon est un fait qui ne peut être négligé par qui étudie les incrustations de la cathédrale. Peut-on supposer qu’à la fin du xu° siècle le système d’ornementation employé un siècle plus tôt à la décoration exférieure de l’église d'Ainay et même de la Manécanterie ait pu servir de point de départ pour la décoration intérieure de la cathédrale? Mais entre les dessins géométriques élémentaires du décor de brique et le décor animal et végétal des frises de ciment incrusté, où intervient jusqu'à la figure humaine, il y a plus que la distance d'un siècle : deux systèmes de décoration différents s'y opposent.

Si les églises du Lyonnais n'offraient encore à la fin du xr siècle que des motifs géométriques, d’autres monuments français présentaient déjà des modèles de décor plus savant exécutés avec des matériaux volcaniques ou avec des matières plus

brillantes.

Dans le mic

i de la France, les portails de Saint-Pierre-de-Reddes, non loin de Béda-

rieux (Hérault), présentent un spécimen très intéressant d’incrustations de laves. Contrai-

rement à ce qui souvent, partie

a lieu dans les édifices auvergnats, où les imbrications font, le plus intégrante de la construction, à Saint-Pierre-de-Reddes la pierre des

tympans monolithes des deux portes a été creusée et on a introduit à joints vifs dans ces creux, des fragments de pierre volcanique noire et d'aspect spongieux : c’est donc là une véritable incrustation. Le parti décoratif très simple consiste en une croix à branches égales, réservée dans la pierre se détachant sur le fond noir

1 Les murs de ce monument, aujourd'hui très restauré et transformé en musée lapidaire, construits en matériaux grossièrement appareillés, ont été recouverts d’un enduit de chaux sur lequel on a simulé un petit appareil à joints saillants. Des bandeaux imitant des incrustations de briques en losanges s'étendent au niveau de la naissance des cintres des fenêtres et les contournent. Cet appareil en trompe-l'œil, presque entièrement restauré sur la face nord, moins un fragment, est encore, en partie, intact sur la façade principale. Les restes d'enduit que l’on observe à l’intérieur du premier étage du clocher ajouté au x siècle remontent probablement à l'origine de la construction de la basilique. On peut s'en rendre compte par les arrachements produits, lors de l'établissement de la grande baie audessus de la porte d'entrée au xir siècle et sur laquelle se voient encore des traces de peintures de la même

époque. Cette particularité décorative parait unique; mais elle se rattache évidemment aux construc-

tions carolingiennes à ap pareil polychrome et varié.

des incrustations ; elle est entourée d’un bandeau extérieur en dents de scie, également incrusté de laves (fig. 63). Cette pierre volcanique est la même que celle qui servit à la construction d'Agde (la ville noire), bâtie avec les laves de son volcan éteint.

Le motif du linteau est une imitation des caractères coufiques, analogues à ceux qui décorent les portes de bois conservées dans la cathédrale du Puy.

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