CIRE
Fic. 130. -— Dallage de Thérouanne :
l’Évêque de Mer.
Aujourd'hui de nombreux fragments du dallage de Thérouanne enrichissent le musée de Saint-Omer ; ils y ont été réunis par les soins de M. Enlart dans une salle qui porte le nom de M. de Bayenghem, propriétaire du terrain occupé par l’ancienne cathédrale, aux frais duquel les fouilles ont été faites. Les plus grandes dalles, malheureusement très endommagées, présentent des sujets de la Genèse. La plupart des
petites, mieux conservées, sont ornées de chimères, de
de boucliers, de sirènes rinceaux de feuillages
Nous devons à l’obli pouvoir reproduire lun l'Evêque de Mer (fig. 130).
allusion ironique et peu tions, justes mais tou cité de Boulogne, dont les avaient annexé le diocèse possédé est irrévérencieu
Fic. 131. — Dallage de Thérouanne :
fragment conservé à Notre-Dame de Saint-Omer.
riffons, de centaures armés
et aussi de charmants (fig. 129).
geance de M. Enlart de des sujets les pluscurieux:
C'est probablement «une généreuse aux revendicajours méconnues, de la évêques de Thérouanne au leur? ». L'évêque désement représenté sous la
forme d'un monstre tenant une crosse et brandissant un poisson.
Le ciment employé dans les pierres incrustées de Thérouanne a moins bien résisté à l'action du temps que celui du dallage de Saint-Omer. L’humidité due à l’enfouissement de ces dalles, pendant plus de trois siècles, serait déjà une cause suffisante de
4 Voir au sujet des dalles conservées à Blaringhem une note de M. S. Rougier dans les Mémoires de
la Société des Antiquañres de la Morinie, t. VI, 1841-43.
? Enlart, Manuel d'archéologie française, t. I, p. 714.
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désagrégation : mais, en outre, l'analyse ne révèle qu’une faible proportion de résine dans la composition, tandis qu’il s'y trouve, en revanche, une très forte quantité de sesquioxyde de fer!. Toutes nos recherches nous ont, d’ailleurs, permis de constater que plus les ciments étaient chargés de résine, plus ils offraient de solidité.
fi: A [N y 7) Éhe d @ ÉCLOVIP UE, 29
£. BEGULE vet. REIMS 1904
F1G. 132. — Dallage de Saint-Nicaise, conservé à Saint-Rémy de Reims, dans la chapelle Saint-Nicolas,
L'emploi des dallages incrustés paraît avoir été beaucoup plus fréquent dans le Nord que dans le reste de la France, et nous savons, par la description que les Bénédictins nous ont conservée?, que l’ancienne cathédrale d'Arras, démolie pendant
2 Matiereresineusesoluble dans ICO 16 — minérale composée surtout d'oxyde de fer. + +: : … … + … + : 84
? Vovage litteraire, t. I, p. 75.
la Révolution, en possédait un, datant du xur siècle, qui était d’une rare beauté. Il n’en reste aucune trace. Celui de l’abbaye du Mont-Saint-Eloi, près d'Arras, a également disparu, sauf un fragment conservé dans l'église du village.
L'ancienne église Saint-Nicaise, à Reims, démolie sous l'Empire, était enrichie d'un admirable dallage historié, qui a été en partie transporté en 1846 dans l'église Saint-Rémy de la même ville. Ces dalles, au nombre de quarante-huit et de 58 centimètres de côté, offrent cette particularité que les entailles creusées en queue d’aronde, au lieu d’être remplies de ciment, ont été garnies de plomb refoulé au marteau”. Le dessin, d'une grande élégance, accuse le xiv° siècle et retrace des scènes de l'Ancien Testament (fig. 132), mélangées sans ordre, et parmi lesquelles on reconnaît la construction de l'Arche, l’histoire de Lot et de Jacob, des scènes de la vie de Moïse, de Daniel, de Nabuchodonosor, etc. Des demi-dalles formant encadrement sont ornées
de feuillages.
Le procédé des incrustations de ciment passa de France en Angleterre au xt siècle ; nous l’y trouvons employé deux fois seulement à la décoration murale.
M. John Bilson, architecte à Hesle, a bien voulu nous signaler des fragments
de corniche provenant de la cathédrale
Fic. 133. — Corniche incrustée de la cathédrale de Peterborough. de Peterborough. La partie supérieure
(Dessinide M John Bison.) est ornée d’une bande étroite d’orne-
mentation, creusée assez profondément et incrustée de ciment brun (fig. 133). D Dans le soubassement du chœur de l’abbaye de Sainte-Marie ZZ : : à 9 d’'York, construite en 1271, on voit un certain nombre de pierres large-
ment incisées et incrustées en forme de quatrefeuilles (fig. 134). M. John Bilson, à qui nous devons également la commu
F JE rl NII
nication de ce document, croit que ces débris proviennent d’un édifice antérieur
1 Ce procédé était déjà appliqué par les Ro-
mains. Une inscription, trouvée à Uriage et signalée
par M. Allmer (Inscriptions antiques de Vienne), con-
serve encore l'étain qui avait été refoulé dans la
gravure des lettres. FiG. 134. — Incrustations de Sainte-Marie d’York.
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à 1271 et qu'ils furent utilisés dans la nouvelle église.
En Angleterre, on ne cite qu’un seul pavement incrusté. C’est celui qui se voit encore devant la châsse de saint Thomas Becket, dans la cathédrale de Cantorbery. Il se compose de trentequatre petites dalles circulaires, incrustées de mastics colorés, dont les intervalles sont remplis par une marqueterie de marbre, de porphyre, de serpentine et d’ardoise, séparés par des filets de cuivre! (fig. 135). Cet ensemble paraît avoir conservé sa disposition première, mais il a été en partie usé par les genoux des pèlerins venus pour vénérer les reliques du saint archevêque. Comme à Saint- Omer on y retrouve les signes du Zodiaque, les travaux des mois, les Vices et les Vertus, des animaux chimériques, etc. La date de ce
Fice 135:
Dallage incrusté de Cantorbery, d’après Henri Saw.
ÆRIC:TH C A T:GVI LL
pavage, resté indemne de toute restauration, est, environ, de 1220.
En Allemagne les dallages incrustés sont encore plus rares : on ne peut guère mentionner que le pavement du dôme d’Hildesheim (1222), détruit en 1850, et que l'on croit
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avoir été exécuté en marbre avec dessins en creux. Il représentait quatorze vertus, la Vie; la Mort et les Eléments ?.
On doit rapprocher des dallages incrustés les pierres
tombales qui devinrent très nombreuses au x siècle, lors-
DNEMCCLXX XVII RLDATEANIMITEI :
1 Henri Shaw, Specimens of lile pavements, London, 1858. — The
archeological Journal, t. V.
= +, 2 Ge 2 E. Müntz, Notes sur les mosaïques chrétiennes de l'Italie. — Revue F1G. 136. — Tombe du précenteur À ; Guillaume de la Poype(1287). 2#<héologique, 1876. — Piper, Mythologie der Christ. Kunst, t. Il, p. 700. Cathédrale de Lyon. — Gerspach, la Mosaïque, p. 06.
que se généralisa l'usage d’enterrer dans les églises. A cette époque, l’art des tombiers parvint à un haut degré de maîtrise et rivalisa avec celui des sculpteurs imagiers et des verriers. Certaines pierres de la cathédrale de Châlons-sur-Marne sont des merveilles de dessin aussi bien que de composition. Jusqu'au milieu du xiv* siècle, les pierres tombales sont exécutées à l’aide d’un simple trait, creusé à quelques millimètres de profondeur, généralement incrusté de mastics brun et rouge, à base de résine (fig. 136), et parfois de plomb refoulé dans les entailles en forme de queue d'aronde. Aux xiv° et xv° siècles le décor se complique, le cadre architectural tend à prendre une importance considérable
Érat ra Vera Vie Evan barbe x ù
et l’on arrive à de véritables effets de peinture, non seulement à l’aide de ciments de couleurs variées, mais en
introduisant des découpages
e marbres blancs dans les
chairs, des morceaux de pierre ou de marbre bleutés ou noirs dans les fonds, des plaques
de cuivre gravées et émaillées
dans les armoiries et jusqu’à
des incrustations de terre cuite, dans les orfrois, ellesmêmes incrustées de ciments
multicolores.
La tombe de Symon
fe 19% Bocheux, mort en 1462, re nt Tombe de Symon Bocheux (1462), conservée dans le bas côté Dalle funéraire en bronze (xvit siècle). à Notre-Dame de Saint-Omer. Musée de Douai.
de Notre-Dame de Saint- Omer, montre l'application de ces procédés divers! (fig. 134).
Les dalles de pierre furent parfois remplacées, surtout dans les Flandres, par des plaques de cuivre gravées et incrustées d’émaux et de mastics. Le travail de gravure se complique de plus en plus, jusqu’à donner l'illusion du modelé par des tailles multipliées et même entre-croisées, comme dans une taille-douce. La plaque (fig. 138) très caractéristique provient du musée de Douai. Les nielles d’une admirable délicatesse sont remplis d’un mastic blanc très résistant, qui a l’apparence des pâtes d'ivoire utilisées dans quelques meubles de la Renaissance ?.
! Cette dalle, très mal éclairée, est d’une reproduction difficile. Nous avons dû la donner d'après la
planche en couleur de l'Architecture du v° au vire siècle, de ]. Gaïilhabaud, t. Il.
* Au xvu' siècle, le plus grand nombre de ces précieux monuments disparut lorsque l’on crut
ENMFR'ANCE ET ENIT'AUIE 83
Dans le temps où l’art des « tombiers » incrustait sur les dalles funéraires des églises du Nord des figures et même des portraits dessinés et modelés avec une admirable maîtrise, les jeux d’incrustations de marbre et de ciment étaient depuis longtemps oubliés par les constructeurs des églises. La polychromie n'égayait que l'architecture civile. Encore les maîtres d'œuvres qui ont travaillé pour les rois, les princes et les financiers, depuis le règne de Charles VI jusqu’à celui de Louis XII, n’ont-ils demandé des effets de couleur qu'aux combinaisons de briques.
En Normandie, les constructeurs de la Renaissance ont fait usage, mais exceptionnellement, d’imbrications en silex blancs et noirs, taillés en carré, mélangés à des cubes de pierres blanches et aux briques de diverses couleurs. Sur les murs extérieurs
de Saint-Jacques du Tréport et du manoir d'Ango, non loin de Dieppe, et sur ceux du château d'Auffay (commune d'Operville), ces matériaux multicolores ont formé des
combinaisons réticulées, losangées, c
hevronnées, d’une extrême variété et d’un effet charmant !.
Au temps de François [* un artiste de la région de la Loire eut l’idée de la décoration des combles du château de Chambord au moyen d’incrustations d’ardoise qui donnent aux lucarnes et aux cheminées une richesse et une légèreté sans pareilles. C'était moins un retour à des traditions depuis longtemps oubliées qu’une invention de génie, au milieu de tant d’autres qui font des châteaux de la Touraine l’une des
gloires de notre architecture française.
L'Italie qui avait enseigné à la France la décoration par incrustation resta fidèle à ce procédé pendant la fin du moyen âge et le premier siècle de la Renaissance.
Au xiv° siècle, le marbre et le ciment sont employés avec une fantaisie nouvelle dans le revêtement des édifices. Les exemples sont innombrables et fameux. C’est toute la cathédrale de Sienne, extérieur et intérieur, les parois de la cathédrale de
devoir refaire les pavements des églises au goût de l’époque, à l’aide de carreaux de brique ou de pierre. La Révolution continua l'œuvre de destruction qui s'achève de nos jours avec une inconcevable incurie. En outre de leur valeur artistique, les pierres tombales nous renseignent fréquemment sur des questions historiques ou précisent des détails de costume et d'ajustement : pourquoi sont-elles encore, le plus souvent, exposées au frottement des pas et vouées ainsi à une ruine certaine, alors qu’il serait aisé de les relever contre les parois des édifices? Les dalles tumulaires de la cathédrale de Lyon, si intéressantes pour l'histoire du Chapitre, sont, pour la plupart, effacées; trois seulement sont restées à peu près intactes, grâce à leur situation dans une chapelle obscure et peu accessible. A la suite de récentes réparations, cette chapelle est devenue l’une des plus fréquentées, et ces précieuses effigies s’altèrent chaque jour sous le piétinement des fidèles.
4 V. L. Palustre, /a Renaissance en France, IX° et X° livr., p. 198, 276, 304.
FiG. 139.— Dôme de