‹ Les incrustations décoratives des cathédrales de Lyon et de VienneChapitre 6 sur 44 · FIG · texte numérisé non relu

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Frises incrustées, triforium de Saint-Maurice, à Vienne.

Au-dessus du triforium règne une deuxième frise, dans toute l'étendue du chœur, interrompue seulement par les colonnes qui supportent les nervures des voûtes. Elle est divisée ainsi en neuf motifs différents. La plupart sont composés de bouquets de feuillages, ou de rinceaux : dans l'interprétation des feuilles de cresson et d’autres plantes communes, le graveur sur marbres s'est montré aussi habile que les sculpteurs de son temps (fig. 25, 26, 27, 32, 33).

Des têtes d'hommes et d’animaux, heureusement mélangées à ces compositions, leur prêtent beaucoup de variété et de vie. Au centre, au-dessus du trône archiépiscopal, des bustes de rois couronnés et d’évêques mitrés alternent deux à deux dans des arcatures en tiers-point (fig. 29).

Signalons encore des lions affrontés, des chimères, des dragons enfermés dans des cercles, des centaures et des centauresses se décochant les traits de leurs arcs (fig. 28, 30), 31)L

Plusieurs de ces motifs, tout orientaux, ont pu être copiés d’après des étoffes d'origine persane et byzantine comme celles qui étaient si nombreuses alors dans les sacristies et les trésors des églises.

Nos reproductions, mieux que tous les commentaires, donneront une idée de cet ensemble où l'art antique, l’art oriental, Part vivant du x siècle se sont rapprochés et combinés avec une originalité et une élégance remarquables.

Le style complexe du décor incrusté est d’accord avec l'architecture dont il fait partie intégrante pour attester que le chœur de la cathédrale de Vienne est postérieur d'un demi-siècle environ au chœur de la cathédrale de Lyon, dont il reproduit les grandes lignes et la décoration murale.

La date du chœur de Saint-Maurice est assez exactement connue : le pape Innocent IV consacra cette église, commencée au xi° siècle, le 27 avril 1251. C’est donc vers le milieu du x siècle, qu'il faut fixer l'exécution des incrustations qui décorent l'intérieur du chœur.

Si, à Vienne, les caractères du dessin accusent nettement le xn° siècle, à Lyon le style roman bien accentué se manifeste incontestablement dans toute l’ornementation incrustée et sculptée.

Pour les incrustations de la cathédrale de Lyon, leur date ne peut être fixée que par celle de la construction même du chœur. Cette date a été très controversée et les avis sont encore partagés sur ce point.

En 1880, l'érudit M. Guigue, s'appuyant sur un passage de lObifuaire de l'Église de Lyon relatif à la mort de l'archevêque Josserand, qui fit faire à ses propres frais le chœur de la grande église avec des pierres choisies et polies', en conjectura que ce texte devait se rapporter à la construction de l'abside actuelle. Or, l'archevêque Josserand administra le diocèse de Lyon, de 1107 à 1118. Malgré quelques doutes et le danger

1 « XII Kalend. Aprilis. — Obiit dominus Gauceranus, archiepiscopus Lugduni, bonæ memoriæ, qui suis propriis rebus fieri fecit chorum majoris ecclesiæ preciosis et politis lapidibus et hostium capellæ Sanctæ Mariæ cum picturis. » (Obituarium Lugd. Eccl., p. 27 )

14 LES INCRUSTATIONS DÉCORATIVES de trop vieillir les monuments, nous crûmes devoir adopter cette date dans la Mono- | = Re =—— graphie de la cathédrale de Lyon.

Depuis cette époque, l'étude constante et comparative des édifices de la région lyonnaise, contemporains de notre cathédrale, nous a engagé à reconnaître plutôt, dans l'œuvre de Josserand, la fin des travaux de l’église antérieure.

La cathédrale, qui menaçait ruine en 1070, fut complètement rebâtie en l'espace de quarante ans et aurait été terminée par l’abside, aux frais de Josserand. Pour des raisons que nous ne connaissons pas, cette cathédrale dut être de nouveau reconstruite dans la

Fic. 34. — Chapiteau du porche de Saint-Pierre, 1173.

deuxième moitié du xu° siècle, en même temps que le cloître. Ce cloître, ainsi que nous lPapprend l'Obituaire de Saint-Jean'!, fut bâti sous l’administration de l'archevêque Guichard, qui siégea de 1165 à 1180. En même temps, dit le texte,

| « l’œuvre de l’église fut commencée ».

Il semblera peut-être singulier qu'on se soit vu forcé de reconstruire complètement, soixante ans après son érection, cette abside pour laquelle les plus beaux matériaux avaient été prodigués. Mais à cette époque de transition, l’architecture subissait une véritable révolution, comme l’atteste

la présence des sept grandes baies en tiers-point,

entre le soubassement et le triforium à plein

|| cintre, et les exemples de reconstruction d’édifices | 5 o 2 : FiG. 35.—Chapitez rche : riè 83 | à peine terminés ne sont pas rares. Il existe une GAP po enEce PONT iere Lies

analogie incontestable entre la sculpture de notre abside et les chapiteaux à date

1 « Eodem præsidente, ambitus murorum claustri ceptus et consommatus est, et opus ecclesiæ

inchoatum. » (Obituarium Lugd. Eccl., p. 123 )

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certaine des porches de Saint-Pierre de Lyon, 1173 (fig. 34), et de l’ancienne chapelle de Fourvière, 1183 (fig. 35).

Toute la partie de l'abside qui s'élève de la base jusqu'à la naissance des voûtes est très franchement romane, reflétant l'influence de l’art bourguignon, et aussi celle de la Provence où l'art romain avait laissé des traditions si vivaces. Certaines différences peuvent être cependant remarquées entre le soubassement et le triforium, principalement dans le caractère de la sculpture. Les chapiteaux des pilastres des arcatures du soubassement, et en particulier ceux qui sont ornés de têtes d'animaux

FiG. 36. — Chapiteau des chapelles latérales Fi. 37. — Chapiteau à l'angle nord de l’église du chœur de la cathédrale de Lyon, 1165-1180. Saint-Paul de Lyon.

(fig. 2), exécutés en marbre, présentent une certaine maigreur, un faire plus précieux que ceux de la galerie supérieure (pl. Il). Ceux-ci, au contraire, en raison de leur plus grande élévation sont traités plus largement et avec franchise. Il faut rapprocher des chapiteaux du triforium ceux des fenêtres latérales des chapelles du chœur (fig. 36), qui sont d’une grande perfection *.

Ce n'est que dans la partie supérieure, depuis la naissance des voûtes, édifiées par l'archevêque Jean de Bellesme de 1181 à 1193, qu’apparaissent la croisée d’ogives et les chapiteaux à feuillages empruntés à la nature qui vont caractériser l'art du

x siècle. affranchi de toute tradition romane.

1 Ces intéressants chapiteaux de Fourvière, momentanément déplacés pour la construction de la nouvelle basilique, doivent être réemployés dans un nouveau porche.

? A titre de comparaison, parmi les autres édifices de la région lyonnaise, nous ne saurions négliger le très intéressant chapiteau surmontant la colonne isolée à l'angle nord de l’église Saint-Paul à Lyon (fig. 37). Bien qu'on ne puisse, à l’aide d’un texte précis, dater exactement ce monument, nous

Nous devons donc attribuer l’ornementation de l’abside de Saint-Jean, à l’aide des incrustations, au dernier quart du xu° siècle: les caractères artistiques du décor suffisent, à eux seuls, à justifier cette assertion.

La technique même de l’incrustation de ciment destinée à composer des dessins a-t-elle été connue en France et appliquée à la décoration murale avant la reconstruction de la cathédrale de Lyon ? Ilimporte d'interroger jusqu’au moindre fragment.

Jusqu'au milieu du xvin® siècle la cathédrale d'Autun possédait, derrière le maîtreautel, un riche mausolée contenant les cendres de saint Lazare. Cet édicule fut mis en

pièces à la suite d’une décision capitulaire en date du 24 janvier 1766, afin de donner satisfaction à l'opinion qui tendait à prouver que saint Lazare n'avait jamais été évêque et que ses cendres se trouvaient en Orient. Au moment de la démolition, les fragments

n'hésitons pas à le rattacher, pour la partie romane, au groupe des édifices cités plus haut; il ressemble également à Saint-André de Vienne, comme nous le verrons plus loin. Il est incontestable que toute cette

ornementation appartient à la même école de sculpture; on serait tenté de dire au même atelier.

DU MAUSOLÉE DE SAINT LAZARE À AUTUN n°7

furent dispersés ; aujourd'hui on en retrouve quelques-uns au musée lapidaire d’Autun, où ils ont été réunis par les soins de la Société Éduenne, et dans une salle haute de la cathédrale. Une enquête de 1482, publiée par M. F. Thiollier', nous a conservé la description de ce tombeau ainsi qu’une inscription gravée sur des fragments de la corniche qui nous révèle le nom de l’artiste : MARTI- NUS MONACHUS LAPIDUM MIRABILIS ARTE HOC OPUS EXSCULPSIT STEPHANO SUB PRESULE MAGNO?. Ce moine Martin travaillait sous le pontificat d’Etienne IT, évêque d’Autun de 1170 à 1189. « Construit en marbre blanc, noir et rouge, la hauteur du monument était de 18 à 20 pieds. Les quatre angles étaient ornés de figures d'animaux symbolisant les quatre évangélistes, et le sommet couronné

d’un clocheton terminé par un Agnus Dei. Dans

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Him en tenlèeen Ge Scire Lerre. cet édicule une statue de saint Lazare était

couchée dans un cercueil, dont quatre personnages tenaient le couvercle soulevé.

« Aux deux extrémités se trouvaient, d’un côté, le Christ debout, accosté des apôtres saint Pierre et saint André ; de l’autre, les statues de sainte Marthe et de sainte Marie-Madeleine, dont la première se bouchait les narines avec un pan de sa robe, traduction naïve de la parole de l'Evangile : Jam fœtet. Un crucifix faisait partie de la décoration de pierre et surmontait l'autel *.s

Sans nous étendre sur la description de cette œuvre d’art du x‘ siècle, un détail doit retenir notre attention : c’est l'emploi des

incrustations de mastics brun rouge et noir, appliquées avec dis-

crétion et avec beaucoup d’à-propos pour animer la blancheur du

marbre à l'aide de perlés, principalement sur le champ des pilastres dont les débris sont conservés dans un magasin de la cathédrale (fig. 38).

L'inscription du couronnement est également incrustée. Deux panneaux de marbre blanc, conservés au musée lapidaire, représentant l'un les trois saintes femmes se rendant au Saint Sépulcre,

4 F, Thiollier, les Débris du lombeau de saint Lazare à Autun (extrait du Fic. 7x Fate du Bulletin archeologique, 1894). tombeau de saint Lazare.

? Les lettres italiques existent sur les fragments de corniche conservés dans la salle haute de la cathédrale. SArMnhiollientop ec rmpse

l'autre Aaron tenant la verge fleurie, sont dessinés au trait et incrustés de mastic noir d’une remarquable dureté. « Ces panneaux et sans doute d’autres du même genre pouvaient remplir l'intervalle des petits pilastres que nous supposons avoir fait partie d’un retable !. »

La destruction de cetrès curieux monument est d'autant plus regrettable que son ornementation incrustée est exactement contemporaine de celle de la cathédrale de Lyon. En outre, on est frappé de la très grande analogie que présentaient la sculpture, les profils de base et de corniche de l'œuvre du moine Martin avec les profils et l’ornementation sculptée de l’abside de Saint-Jean. Mêmes pilastres ondulés, mêmes rubans plissés ; jusque dans le dessin des feuillages des chapiteaux et dans l'allure des figures sculptées on retrouve les mêmes caractères. Le rapprochement si manifeste entre deux œuvres de même date méritait d’être signalé et ce ne sont pas, au surplus, les seuls points de contact qu’on puisse reconnaître entre la cathédrale d’Autun et celle

de Lyon.

Il existe encore dans la région lyonnaise un autre exemple d’incrustation en ciments colorés d'une importance capitale pour le problème que nous étudions.

L'église Saint-André-le-Bas, à Vienne, fut élevée au milieu du x11° siècle, comme l'indique une inscription gravée sur la base de marbre blanc du pilier engagé dans la nef, à droite en entrant (fig. 41):

CHETCY STATTS ADORANVREMI TT E-SIQVID HABETSADVERSW] AIIVÈVST D HVVILELMVSMARTINIME E CIT- ANOMIEELUABINED)

Fic. 41, — Inscription de Saint-André-le-Bas, à Vienne,

Et lorsque vous vous présenterez pour prier, Si VOUS avez encore quelque chose contre quelqu'un, pardonnez-lui jusqu'à seplante fois sept fois. Guillaume Martin m'a fait Pan 1152 de l'Incarnation du Seigneur *.

Indépendamment de l'intérêt archéologique qui s'attache à ce monument, il présente une remarquable particularité architecturale qui a passé inaperçue jusqu'ici. Comme à la cathédrale de Lyon nous relevons à Saint-André l’emploi des incrustations de ciment coloré, mais sur de moindres proportions. Les archivoltes et la corniche au-dessus des chapiteaux des colonnettes qui encadrent, à l'intérieur de la nef, les fenêtres nord et sud de la deuxième travée, sont décorées d’oves et de

! F. Thiollier, les Débris du tombeau de saint Lagare à Autun, p. 10.

* A. Allmer et A. de Terrebasse, Jnscriptions antiques et du Moyen Age de Vienne en Dauphiné, t. V, p. 233. Aujourd'hui, quelques lettres des mots REMITTITE et MARTINI sont en partie cachées par une malencontreuse chaire à prêcher. Nous avons dû les rétablir sur notre estampage à l'aide de la lecture que MM. Allmer et de Terrebasse ont pu faire antérieurement.

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