DE L'ÉGLISE SAINT-ANDRÉ-LE-BAS A VIENNE
palmettes contenant encore des traces de ciments incrustés (pl. IV). Les fûts de ces quatre colonnettes sont enrichis de très belles arabesques creusées et incrustées de ciments bruns et rouges, qui ne subsistent guère qu’à la fenêtre nord, car de stupides et méticuleux grattages, sous prétexte de nettoyage, en ont eu presque entièrement raison. Mais les rugosités du fond des creux et les quelques restes Ze de ciment ne laissent aucun doute sur le système de décoration Û employé. Les palmettes qui décorent les tailloirs de deux des chapiteaux des pilastres supportant les arcs doubleaux de la voûte sont également incrustées (fig. 44).
Contrairement à la composition des ciments de Lyon et de Saint-Maurice de Vienne, ceux de Saint-André sont mélangés d’une très forte proportion de bitume, qui entre pour plus de moitié dans leur préparation et leur permet de brûler avec la plus grande facilité.
Le dessin des colonnettes de la fenêtre nord, reproduit en développement (fig. 42, 43), semble se rapprocher du style du x siècle. Aussi serions-nous disposé à attribuer ce décor par
incrustation au dernier quart du xu° siècle, soit vingt-cinq ou trente ans après la construction de 1152. Il serait donc ainsi exactement contemporain des incrustations de Lyon.
D'ailleurs, il est aisé de distinguer dans la construction de Saint-André plusieurs reprises des travaux, notamment dans la partie supérieure de la première travée, qui laisse pressentir l’approche du xui° siècle, aussi bien que dans le deuxième étage du
clocher. L'identité de certaines sculptures et surtout des formes
ornementales des incrustations de Saint-André avec la décoration de l’abside de la cathédrale de Lyon est telle qu’il est permis de voir, dans la décoration de ces deux monuments, l’œuvre d'un même atelier, dont l’activité peut être étendue de 1150 à 1180 environ‘.
Nous avons cité l’édicule d’Autun, apparenté au chœur de la cathédrale de Lyon, et signé par le moine Martin. Serait-il téméraire de reconnaître en cet artiste un membre de la famille du maître de l’œuvre de Saint-André, Guillaume Martin? La célèbre génération des Cosmati, sculpteurs, marbriers, architectes italiens au x siècle, est un exemple de la perpétuité des traditions artistiques dans les mêmes familles au moyen âge.
1 Il importe de noter les traits si frappants de ressemblance entre Saint-André de Vienne et Saint- Paul de Lyon, bien que cette dernière église n'offre pas d’incrustations. Dans les deux édifices, mêmes chapiteaux à feuillage d’acanthe, mêmes pilastres cannelés, mêmes frises de rubans plissés, mêmes rosaces et modillons extérieurs Tous ces caractères sont tellement identiques que la date de Saint-André doit être considérée comme la date approximative de Saint-Paul,
Avant les monuments de la deuxième moitié du xu° siècle que nous venons d’ana-
lyser, on ne trouve en France qu'un exemple
d'architecture.
nique de Denise, généralement
mur de la cathédrale primitive
travaux de restauration entrepris mey en 1865. L'une des assises
« Le décor des moellons de l’assise Fi. 44. — Tailloir incrusté d’un chapiteau de la nef de Saint-André-le-Bas, à Vienne.
d'incrustation de ciment dans un monument
Au musée du Puy sont conservées trois assises de petit appareil, en pierre volca-
employée
dans les anciens monuments du Velay. Ces pierres, ornées de dessins gravés en creux et remplis d’un mortier blanc, proviennent d’un
du Puy,
entre l’abside principale et l’absidiole latérale (fig. 45). Elles furent découvertes lors des
par M. Miest ornée
du calice et des colombes eucharistiques.
supérieure
peut faire supposer un ensemble décoratif
général, adapté sur la paroi latérale de la
primitive église!. 5 Sans pouvoir assigner une date certaine à ces curieux débris, le
caractère très rudimentaire du dessin dénote une époque très reculée et bien au xr siècle. C’est là un exemple unique.
antérieure
Entre les pierres gravées et incrustées du Puy et les colonnettes de Saint-André
de Vienne, le mausolée d’Autun et le chœur de la cathédrale de Lyon, il n'existe aucune
église française dont les murs soient décorés de semblables incrustations. Où les artistes
qui ont employé ce procédé, vers le milieu du xu° siècle, trouvaient-ils des modèles ?
1 Note du catalogue du musée du Puy, par M. Aymard.
FiG. 45. — Incrustation du musée du Puy.