‹ Les incrustations décoratives des cathédrales de Lyon et de VienneChapitre 8 sur 44 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Les Tncrustations décoratives en matières solides.

La pratique des incrustations remonte assurément à la plus haute antiquité. L’Asie,

qui excella de

cette technique.

out temps dans les arts du décor, connut etemploya de très bonne heure

Les Chaldéens, deux mille cinq cents ans avant notre ère, encastraient déjà dans les

façades de leu

rs palais des coins de terre cuite dont les bases émaillées de jaune, de

rouge et de noir, dessinaient des chevrons, des losanges, etc., formant ainsi de véri-

tables mosaïques 1.

L’antiqui ture, mais enco un taureau and à tête humaine ments de coqui

de la pierre. Les yeux sont incrustés de la même façon*. Le Musée éey

re à la sculpture. Le Louvre possède une statuette en stéat

les, de façon à simuler les taches claires du pelage sur

é orientale appliqua le procédé de l’incrustation non seulement à l’architecite représentant rocéphale, d’origine chaldéenne. Le dos, les flancs, les jambes du taureau sont parsemés de creux en forme de feuille de trèfle et incrustés de frag-

e fond sombre ptien de Turin

conserve un panneau provenant d’un couvercle de sarcophage en bois de l’époque

saïte, dont les

riéroglyphes, au lieu d’être peints, sont incrustés de pÂ

es de verre, de

cornaline, de lapis, etc. « Certaines de ces figures se composent d’une seule plaquette monochrome, artistement découpée comme dans l’opus sectile romain * ». Les bijoux

égyptiens étaient évalement décorés de mosaïques de pierre ou de verre :

nos musées

en conservent de nombreux échantillons qui font penser aux émaux cloisonnés chinois. L'usage des incrustations passa de l'Orient sémitique et égyptien à l'Orient hellé-

4 Perrot et Chipiez, Histoire de l’art dans l'antiquité, t. Il, p. 2093.

MPAHEUZCy,

la Sculpture chaldéenne d’incrustations, Strena Helbigiana, p. 135.

3 P. Gauckler, « Musivum opus », Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, Hachette, 1004.

nistique sous les successeurs d'Alexandre. C’est sans doute à Alexandrie que l'art grec, en revétant la polychromie brillante et somptueuse de l'Orient, adopta l'emploi des marqueteries de marbre et des mosaïques de verre. L'art gréco-romain emprunta ces procédés à l’art gréco-oriental et les transmit à l’art chrétien.

Les deux procédés antiques, employés dès le temps de Constantin à la décoration

des églises nouvelles, ne mettent en œuvre que des matériaux solides et durs, qui sont

encastrés dans un revêtement de stuc humide et assemblés de manière à former des figures. L'un de ces procédés est l'obus vermiculatum, la mosaïque proprement dite, faite d'innombrables petits cubes de marbre concassé ou de verre coloré. L'autre est l'opus sectile, marqueterie de marbres de couleurs, employés en lames minces et découpées de la façon la plus capricieuse. Ce dernier procédé était appelé aussi, à cause de son origine gréco-égyptienne, opus alexandrinuimn.

L'opus vermiculatum se trouvait employé dans l'antiquité classique pour la décoration des pavements, qui étaient parfois de véritables tableaux, et même des tableaux d'histoire (la bataille d'Arbelles, provenant d’une riche maison de Pompéi, au musée de Naples). C'est seulement après la victoire du christianisme que la mosaïque s’éleva sur les murailles des églises et des palais, qu’elle couvrit les parois des nefs et les conques des absides. Cet emploi monumental de la mosaïque se conserva jusqu’au xn° siècle dans l'Orient chrétien et, par suite d’influences orientales répétées et renouvelées,

après de longues éclipses, à Rome et à Venise.

En France et dans les pays germaniques la mosaïque murale apparaît à l’époque mérovingienne et disparaît après le siècle de Charlemagne. Il ne reste d’ailleurs aucun vestige des figures à fond d’or qui avaient valu à une célèbre église mérovingienne de Toulouse son nom de Daurade (deaurata). Une seule mosaïque carolingienne subsiste : c'est celle de Germigny-les-Prés, dans la petite église bâtie et décorée par le savant Théodulphe, évêque d'Orléans. D'ailleurs, après la restauration radicale qu’a subie l’édifice, il est permis de se demander si une seule pierre ou un seul cube d’émail remonte encore au 1x" siècle.

Après le x siècle, la pratique de la mosaïque murale est abandonnée ; la mosaïque perd, en dehors de l'Italie et de l’Orient, le rôle magnifique que lui avait attribué le christianisme. Elle revient au rôle plus humble que lui avait donné l'antiquité grécoromaine et reprend place sur les pavements.

L'église lyonnaise de Saint-Irénée fournira un précieux exemple de pavement en mosaïque à cubes de marbres multicolores. D’après le dessin très fidèle et la description que donne Artaud! de ce pavement, détruit vers 1825,on y voyaitles signes du zodiaque et les figures allégoriques des Arts libéraux, des Vertus, reconnaissables aux inscriptions

1 Artaud, Description des mosaïques de Lyon et du midi de la France, Lyon, 1835. — Spon, Recherches

des antiquités de la ville de Lyon, Lyon, HE

qui les accompagnaient : la Grammaire, la Dialectique, la Rhétorique, la Prudence, la

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