LES PÉCHÉS CAPITAUX DOMINÉS PAR LA MORT
Cri
lîqiie fantaisie; œuvre de sang et de déjections!
Mille souvenirs en ce moment m’assaillent en foule, me secouent, me tirent par les cheveux, par les oreilles, par le nez. Je me souviens — avec quelle joie indicible! — de : hton, Pouffamatus, Cracozie et Transmouf^ célèbres médecins persans, examinant les selles du roi Darius après la bataille d'Arbelles! Ah! les hideuses faces, ah! les bonnets à aigrettes, ah! les manteaux d’or, penchés, reniflant le vase puant, tandis que Darius, dans un coin, guilleret sous son bonnet pavoisé d’escarboucles, évacue encore, à cul découvert, de nouvelles fientes!... Et cette autre eau-forte; Les mauvais médecins. Des chirurgiens en habits noirs, d’autres en tabliers blancs, mettent en perce l’énorme bedon d’un patient, lui tirent les tripes, qui s’enroulent en chapelets, autour de leurs jambes, tandis que la Mort, comme fraîchement écorchée, visqueuse, surgit, la faux dressée!
Mais si Ensor exècre les charlatans, il n’est pas plus tendre pour les juges et pour les avocats. Il en fait une clique répugnante, plus odieuse cà regarder que les vagabonds et pauvres hères traînés devant elle par de salaces Pandores.
Je vous le dis, toute l’œuvre d’Ensor est réconfortante. Voyez-les, ces juges stupides, devant les pièces à conviction : un bout de jambe humaine, un couteau, un os de mouton ; voyez-les étalant leurs faces de tapirs et de^ musaraignes ; considérez ces avocats à moustaches orgueilleuses, à gueules rasées, à barbiches cirées ; regardez-les, baveux, prétentieux, sous le Christ peint, dant les orteils mous putrident moins que les faces des juges impassibles, somnolents, endormis, tandis que l’accusé se défend, son pauvre nez rougi, sa pauvre gueule inondée de larmes.
Voyez VAnge exterminateur, qui passe en plein ciel, au galop de son cheval, et qui noie sous des pluies de feu et de soufre tout le bétail humain prosterné^