‹ Les indépendants, 1884-1920Chapitre 16 sur 48 · CH. BISCHOFF · texte numérisé non relu

CH. BISCHOFF

PHOTO ROBERT

JEUNE APTOISE

LES INDÉPEWDANTS

BISCHOFF. — J’aime de ce peintre l’éloquente sobriété du dessin et de la couleur, une synthèse subtile qui n’exclut pas le charme et qui n’éparpille pas votre plaisir à regarder; à admirer.

Des natures mortes, des portraits, des paysages, toute l’œuvre à ce jour de M. Ch. Bischolf est d’une distinction certaine. Tout cela compose de savoureuses petites et moyennes décorations pour des murs de gaie demeure, où l’on aimerait à penser et à vivre. Oui, ce serait-là — j’imagine ! — ces aimables

tableaux, de bons et sûrs compagnons, qui ne crieraient pas devant vos yeux, qui ne vous assourdiraient pas de leurs tons dosés et bercés par un rythme si caressant !

Ah ! doux paysages, verts tendres et rouges des tuiles de la campagne provençale, avec quel plaisir je vous ai regardés, une après-midi d’hiver, dans le haut de ce Montmartre tout blanchi de neige! Quels souvenirs chantiez-vous, terres plaisantes autour d’Avignon, terres où les arbres s’étirent et se gonflent, où les murailles ])rennent des ors de marbre antique et des rouges des arènes anciennes !

Et, Bischoff, vous m’avez montré aussi de délicates natures mortes, délicates par leur couleur légère, car la simplicité du sujet était toute moderne 5 et il n’y avait là que des paniers, des pommes, des fleurs et pas même une table en acajou I

Enfin, vos portraits, toute la grâce des femmes et des enfants ; le dessin d’une bouche souriante, l’éclat des yeux qui mangent à plein la Vie! Puis des mis; car il faut bien que tout peintre en vienne-là, pour se prouver de temps en temps qu’il est ardent, vigoureux, quand il y a tant de jours où l’on se contente, où il faut ^ se contenter de ne peindre que trois pommes sur une serviette ou une fleur rare dans un verre rare!

BONNARD, ^ — La fantaisie, la grâce, l’ingénuité, l’espièglerie, le charme adorable, l’exquis raffinement, tout enfin a été accordé à Bonnard. Et avec une telle joie de peindre qu’il a peint tout ce que l’on peut voir, tout ce qui est terrestre : les paysages, les intérieurs, les nus, les portraits, les compositions décoratives, les chiens, les chats, les bateaux et les voitures. Et je suis même sur qu’il a peint des anges ; car il y a des portraits peints }>ar lui où l’on a des têtes d’anges, à moins c{ue ce ne soit des têtes de chat ou de chien pékinois.

Avec une tête de comptable, il vous a des yeux terriblement vifs et si bougeurs qu’on se replie, qu’on se cotonne, qu’on se ouate. .C’est pour cela qu’on n’a pas l’air, dans les tableaux de Bonnard, d’avoir une armature. Et, cependant, c’est joliment cela ! Dès qu’on ne bouge plus, bêtes et gens, on a l’air de porte-épingles ; et tout tombe mou, bras et jambes.

Et sa couleur est aussi toute une invention de lui. Elle est joyeuse, assoupie, profonde, enveloppante, cette alerte couleur où tous les verts se répondent, depuis le vert argenté jusqu’au vert sombre; où les jaunes font un chaud concert de canaris; où les roses prennent des airs de fards anciens; où les bleus s’assourdissent pour mieux reculer dans le ciel!

Et Bonnard peint toujours. C’est ce que c’est; mais c’est toujours amusant, enchanté, exquis. Je serais autobus que je serais vraiment joyeux d’être dessiné par lui. Je poserais bien grave et il me transformerait en une espèce de carosse pour gala de chiens de cirque. Car ce diable d’homme saurait faire d’un pneu une corbeille à fruits et d’un capot un bassin à poissons rouges. Et tout cela avec ce métier c{ue vous lui connaissez, haché, pris, repris, lié, emmêlé comme un [)eloton de laine .

Si j’étais chat ou chien, certes, mon contentement serait plus vif. Car alors nulle physionomie éveillée, sournoise, n’égalerait la mienne; et je dormirais tout

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