PIERRE BONNARD
PHOTO E. DRUET
fondu dans les bras d’une promeneuse ou sur la terrasse dorée d’un paysage du Midi, tout baigné de chaleur et de lumière.
Enfin, si Bonnard entreprenait de faire mon portrait, qu’est-ce que je me dirais? D’après l’animal qu’il rencontrerait sur sa route, en venant chez moi, je serais ou cheval, ou chien, ou écureuil; car je ne pense j)as qu’il irait jusqu’au Jardin des Plantes pour m’infliger la plus lourde, la plus accablante ressemblance qui soit! '
Et c’est pour cela, en somme, que nous recherchons Bonnard : [)our sa gaîté, pour sa science toujours bercée par la Fantaisie, pour sa joie de peindre ^qui se manifeste en courtes hachures prises, reprises, caressées, dosées par deux petits yeux vifs, noirs, aigus, terriblement bougeurs, et qui rient, et qui vrillent, et qui fouaillent, et qui excitent sans cesse une main heureuse, déjà porteuse pourtant de tous les dons du bonheur et de tous les enchantements de la Nuance.
HOUSSINGAULT. — M. Boussingault peint des compositions décoratives qui ont de l’attrait et une distinction réelle. C’est d’un art volontairement simple, mais qui remplit aisément de vastes surfaces. Je vois très bien M. Boussingault décorant des halls d’hotels particuliers ou mieux encore de palaces. Mais on trouverait vraisemblablement que l’aspect général de ses compositions est sourd et peu contrasté. Les lendores qui hantent les hôtels aiment le mouvement, le tumulte, la bataille ; et ils recherchent la couleur qui explose, qui picrate! M. Boussingault ne leur donnerait rien de tout cela. Je me souviens, — avec plaisir! — d’un Pesage, où des croupes de pur-sang s’arrondissaient en larges plans solides, et où une fille, sous son ample chapeau, mettait la souveraine distinction d’une haute putain, entretenue, elle aussi, dans une litière chaude et coûteuse.
DELTOMBE. — ■ Portraits, natures mortes, paysages^ M, Deltombe a réalisé, dans chacun de ces genres, d’intéressantes œuvres. Mais le paysage essentiellement décoratif semble être maintenant la constante préoccupation de M. Deltombe. L’atelier de tapisserie qu’il a installé à Nantes va, du reste, le garotter devant les arbres à panaches, devant toute une nature apprêtée, qu’il arrangera encore ; et dont il a déjà tiré les vifs spectacles qu’on a pu voir, lors d’une exposition récente, dans la galerie Druet. Et si, demain, M. Deltombe voulait interpréter les animaux de haute et bassecour, qu’il aime tant, et dont il parle avec un lyrisme si pittoresque, certainement il nous donnerait enfin des images neuves, qui nous arracheraient peut-être au joug des Japonais et des Chinois, ces incomparables dessinateurs des oiseaux, des chiens, des chats, des biches et des singes.
FLANDRIN. — Flandrin a un goût certain des panoramas. Il adore mettre quarante kilomètres de superficie dans ses toiles, — ou bien encore les entours de la Tour Eiffel, la Tour comprise. Représenter également les montagnes, c’est pour lui un jeu. Gela fait de vastes toiles très décoratives, mais qui ne s’adressent qu’aux palais.
Il peint aussi des toiles de chevalet. Elles sont très composées. Personnages et animaux y voisinent, en taches agréablement vivantes. Enfin, Flandrin aime les ballets, au théâtre ou dans la nature.
C’est un décorateur-né pour salles de théâtre — ou pour toute autre chose. Ce n’est pas un art qui s’enfle toujours jusqu’aux nues; mais c’est un art séduisant, ou, pour tout affirmer, en un mot : un joli régal d’art.
GIRAN-MAX. — Une des figures les plus pittoresques^ les plus picaresques, devrais-je préciser, de la jeune Peinture. Le lype même du rapin, sans cesse de bonne