‹ Les indépendants, 1884-1920Chapitre 19 sur 48 · PASTORALE · texte numérisé non relu

PASTORALE

LAPRADE. — La peinture de Laprade^st naturellement distinguée et précieuse. Soit qu’il nous présente des figures seules et des figures dans des paysages, soit qu’il nous présente des paysages seuls, il s’olfre à nous avec une grâce spirituelle, avec le vrai désir de nous émerveiller.

La fantaisie de Laprade est aussi d’une variété infinie. Il passe des masques et des personnages de la Comédie Italienne aux -sombres, graves paysages de la campagne romaine, sans qu’il lui en coûte un effort. Son sourire amusé fait place à un visage sérieux; et voilà le miracle accompli.

Tout l’art de Laprade ,est en nuances, en douceurs de ton. Dans les verts sourds, presque noirs, ce peintre découvre d’étonnantes profondeurs de paysages, des enchantements de rêve, des mystères lointains. Les ruines des vases décoratifs, des terrasses, des statues, des vasques, des palais et des larges escaliers, n’ont jamais trouvé un interprète plus amoureux et plus subtils

Il a peint aussi des nus tout parés de candeur et de •jeunesse, aussi des jeunes filles un peu infantes, un peu grandes dames, alanguies sur des coussins, et qui rêvent, devant des parcs abandonnés, où les choses qui meurent n’endeuillent pas toutefois ces petites âmes fragiles.

Et Laprade a peint encore des paysages blancs, chastes, ingénus, qui jettent sur nos lèvres, en balbutiements, les immaculés poèmes de

LEWITSKA. — M™® Sonia Lewitska, comme toutes les Polonaises, est fort érudite. Elle connaît toutes les gravures anciennes, toutes les anciennes fresques, tous les plus indifférents replâtrages des Musées. Aussi, elle compose et allégorise à souhait. Tous les espoirs lui sont permis. Elle a aussi, en fidèle admiratrice, la patience de suivre pas à pas M. Jean Marchand; ce qui

LES mOÉPENDANTS

lui permet de peindre tout, petites et grandes toiles : })aysages, figures, natures mortes, compositions décoratives. Et c’est surtout dans ce dernier genre que Mme Lewitska étale ses incontestables dons d’assimilation, avec une telle virtuosité, parfois, que l’on se demande — avec une certaine exagération, évidemment! — si ce n’est pas le maître ancien — inexplicable manifestation d’une vie antérieure ! — qui a été, lui, influencé par Lewitska.

LOTIRON. “ — Tout d’abord, Jules Flandrin conseilla M. Lotirôn. Mêmes paysages lumineux, mêmes figures, mêmes cavaliers adroitement peints sur des routes de villages ou de forêts. PuisM. Lotiron vint aux vignettes connues ; et l’influence de Flandrin s’atténua. M. Lotiron a, toutefois, de si exacts dons qu’il réalisera bientôt des œuvres ingénieuses, et tout à fait, cette fois, personnelles.

MARCHAND. — M. Jean Marchand est serré et froid. 11 est garrotté par tous les souvenirs des Musées. Rien ne vient de lui, directement. Consciencieux, curieux, somme toute intéressant, il répudie toutes les émotions. Le rayonnement des Maîtres l’enveloppe d’une terreur sacrée. Il est précis et dur, parce qu’il veut affirmer, frénétiquement, sa foi en leur génie!.

Mais M. Marchand est intéressant parce qu’il cherche toujours à s’évader de sa geôle. Pour cela, il emploie parfois de timides ruses ou des échelles de corde qui flottent trop encore et qui le rejettent sans cesse le long des murailles. Il cherche à s’évader, cela se voit surtout à ce que, pour un seul tableau, il mêle, dans une union audacieuse, plusieurs augustes souvenirs. Mais un jour viendra (air connu) où M. Marchand, définitivement libre, clamera, gai et triomphant, l’hosanna de sa délivrance.

Pour le moment, malgré tous ses liens, M. Marchand

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