LE PORT D’AMSTERDAM
l'KS INDÉPENDANTS
est néanmoins un des plus sérieux (( Espoirs » de la jeune Peinture. Pour emprunter encore un mot au langage sportif — qui en vaut bien un autre! — M. Marchand est un des comingmen de l’huile. Qu’il secoue encore un peu la splendide défroque, splendide mais défroque pourtant des Musées; et il sera charmé de se voir courir sur le stade, plus alerte et })lus original, assurément, étant devenu presque luimême 1
MOREAU. — Un tableau de M. Luc-Albert Moreau : Le raid aérien. Le tableau es,t calme, sévère, quasi rudimentaire. Il est bien composé, fortement attachant. Les j)ersonnages sont — en argot de peintre — bien d’accord. La couleur générale est assourdie, volontairement apaisée.
Nulle anecdote. Un tableau de la guerre par un peintre qui a fait bravement la guerre. C’est une belle œuvre chaste, héroïque. Concevez la difficulté qu’il y eut à se tenir ainsi entre l’emphase théâtrale et la romance.
Plus que jamais, maintenant, je crois à la possibilité — par M. Luc-Albert Moreau et par quelques autres peintres, peut-être! — plus que jamais, je crois à la possibilité de réaliser de bons tableaux de guerre, à condition de prendre de cette féroce tragédie les moments les plus simplement dramatiques, les plus humblement émouvants. Entre les carnassières horreurs de la guerre, gravées par Goya, et les baderneries des sieurs de Neuville et Détaillé, il y a place pour des tableaux semblables au Raid aérien de M. Luc-Albert Moreau.
Il y a place même pour beaucoup de tableaux de la guerre; mais il faudra les réaliser avec la noblesse grave, avec la distinction innée, avec l’amour des attitudes naturelles, qui caractérisent si pleinement le talent de M. Luc-Albert Moreau.
PIOT. — Les dessins de M. René Piot sont d’un haut style classique. Ceux qu’il exécute à la mine de plomb sont précieux et très expressifs.
J’ai vu des centaines de ces feuilles où il a dessiné des visages de faunes, de nymphes ou de jeunes garçons, issus de la terre romaine. Quelle gravité souriante, et quelle belle recherche du caractère! Gaîté, vie ardente, don de soi par le rire des yeux ou de la bouche, faces volontaires closes par un rictus dur et froid, tout était rare et raffiné. J’imagine assez volontiers les riantes fresques que M. René Piot déroulerait sur les murs, salles de bains et de jeux, d’une nouvelle ville, près du Vésuve, où il n’y aurait qu’allégresse et bonheur!
J. PU Y. — Figures, portraits, paysages, natures mortes, dans tous ces genres, Puy a affirmé sa jeune maîtrise. Avec une joie sans cesse renouvelée, avec une foi ardente en ses dures heures de travail, Puy a multiplié ses belles œuvres, depuis ce lointain salon des Indépendants, où, voulant surprendre notre admiration, il nous offrait d’un seul coup des natures mortes, des figures et des paysages. Et, tous les ans, ensuite, ce fut le même miracle qu’imposait le même amour !
Rappelons-nous I Nous allions vers les tableaux de Puy comme vers un attirant spectacle I Quel charme et quel contentement !
Et enfin nous avions devant nous des œuvres construites, organisées! Et alors! injustes, nous en voulions un jour à Puy de nous présenter des œuvres ainsi menées jusqu’au bout, jusqu’à la limite de son effort; et il n’était guère mesuré. Nous en voulions à Puy de nous donner des paysages où tout vivait, à sa place, détails non point escamotés, détails qui comptaient, qui étaient nécessaires, et tout le tableau tout de même si intelligible, si bien établi en profondeur, si animé, si tout entier dans sa plénitude, dans son atmosphère, dans son air, dans sa place prise de nature, — tableau