PAR LUI-MEME
loi
Mais je réponds toujours à ces niais que M. Vallotton, bizarre, capricieux, bourru, n’en fait qu’à sa tête; et tant pis, ma foi, si celle-ci est mauvaise conseillère, et écarte l’acheteur plein de bonnes intentions. M. Vallotton sait, aussi bien — et mieux même que quiconque I — que beaucoup des nus peints par lui sont communs, vulgaires, peu achetables pour l’amateur frivole qui se compose un sérail peint de jolies femmes; mais de tout cela M. Vallotton ne se soucie point ; et il peint plus que jamais, et quand même s’il en a envie, ses Jocondes de l’office et ses Pamélas d’antichambre.
Voyez également ses natures mortes ! M. Vallotton n’ignore point encore que vous goûtez peu ses larges côtelettes peintes à point sur le papier jaune de la boucherie. Eh bien! chaque fois qu’il en aura envie, il repeindra cette nature morte; non point pour vous agacer! ah ! certes! il ne pense même pas avons! mais parce que tel est son plaisir! et M. Vallotton, homme froid, résolu, têtu, offre ainsi peut-être le seul exemple d’un peintre ennemi-né de toutes les concessions ; et qui n’en fera jamais, jamais, pour tout l’or de ce monde, à qui il est bien résolu à ne pas plaire par des moyens faciles, et, en somme, vous le savez bien, à la portée de tous les peintres!
TOBEEN
PHOTO KOBKRT
Les Peintres sacrés
Evidemment, à notre époque où toute croyance est depuis longtemps écroulée; à notre époque où plus rien ne subsiste, dans la foule, que la frénésie de se souiller et le cœur et les tripes; c’est bien une gageure que de s’entêter à peindre des sujets pieux.
Passe encore quand une église de village réclame une Pleta ou un Christ en Croix \ mais on sait que cette occasion est rare en ce sale temps tout entier consacré aux vidanges de Pargent. Alors? Alors? je ne sais plus; et je continue de me demander pourquoi des peintres sacrés dressent sans cesse ces sacrés reposoirs de l’huile!
Surtout qu’un libre-penseur — et le cas est fréquent! — achète ces toiles; cela me dépasse. Et si je dis que le cas est fréquent, c"est que je ne compte plus les incroyants qui possèdent des « Eglises chrétiennes », des « Scènes du Golgotha », des « Trahisons de Judas » et des « Apparitions de la Vierge » —, enfin tout ce qui peut assurément le mieux du monde leur déterger les intestins!
Mais alors si les peintres sacrés travaillent surtout pour des athées, c’est affreux! et je défie bien le plus astucieux raisonneur de me prouver que les peintres sacrés ont, au contraire, toutes bonnes raisons d’agir ainsi. Car, enfin, qu’on le veuille ou non, il arrivera toujours un moment où le librepenseur, se reprenant, brûlera avec joie la toile; et alors, si c’est un chef-d’œuvre — tout arrive ! — nous serons bien avancés !
Je sais bien qu’il y a un moyen simple d’arranger tout cela. Mais allez donc demander à un peintre sacré de ne plus peindre des tableaux sacrés. Quand on a touché à ce genre-là, on ne peut plus le lâcher. On perdrait du coup toute considération ; et comment marcherait-on dans la rue, du jour où l’on n’aurait plus son nimbe?
DENIS. — L’œuvre de M. Maurice Denis, à ce jour, est considérable. Aussi, qu’il y ait des tableaux moins bien venus que d’autres, cela ne fait pas de doute; mais, dans les toiles réalisées de M. Maurice Denis, il y a d’enviables qualités.
A coup sûr, sa personnalité est entière; et tout ce qu’il compose ne vient pas directement des Musées; c’est pourquoi une toile réussie de M. Maurice Denis a tout l’attrait d’un plaisir neuf.
Ses paysages et ses figures vivent presque toujours en parfait accord — de composition et de couleur. Les unes sont faites pour les autres. Et tout cela est si bien mis en page, qu’on loue maintes fois la grâce, la noblesse, le style du tableau.
Certes, le dessin paraît, quelquefois, un peu mou, un peu rond; et la couleur est généralement terne,