‹ Les indépendants, 1884-1920Chapitre 25 sur 48 · LE FACTEUR · texte numérisé non relu

LE FACTEUR

allant d’un ton de plâtre au rose, en passant par un vert sourd et un bleu éteint; mais M. Maurice Denis, en répudiant ainsi les violences, parachève des peintures à apparence de fresques, qui, une fois placées sur des murs, constituent de réelles décorations.

Et cela, c’est le but même, c’est le seul but, au fond, de la peinture. L’anecdote, le paysage découpé, tout cela nous tente trop souvent; il est bon que, de temps en temps, un peintre comme M. Maurice Denis nous rappelle à la sagesse.

De la guerre elle-même, M. Maurice Denis nous a donné d’autres fresques. Il a volontairement laissé de côté tous les spectacles de folie homicide, pour nous représenter, tels des saints Georges modernes, des artilleurs casqués, dans de froides attitudes de meurtriers impassibles.

Et que de tableaux encore il faudrait évoquer I Que de scènes religieuses offertes, c’est entendu, un peu trop aimablement, peut-être ; mais doit-on rugir, clamer toujours, comme l’exigeait Hüysmans? ou ne peut-on pas, en ce temps où l’Eglise chancelle, rappeler sans cris, sans colère, sans fureur, qu’il y eut des spectacles assurément humbles, et tout pleins d’une candeur résignée? Certes M. Maurice Denis, peintre sacré, ne hurle pas comme un Grünewald ou un Lucas de Leyde; mais, .à tout bien considérer, doit-on blâmer M. Maurice Denis de se rapprocher plutôt des doux peintres de rOmbrie — et de nous donner des tableaux un peu trop agréables, soit! mais dont la saveur, toute moderne, n’est assurément pas pour nous déplaire?

DESVALLIÈRES. — M. Desvallières travaille dans la peinture religieuse, après avoir illustré les poètes du premier amour. C’est un peintre qui rend accessibles aux gens du monde les effrois et les épouvantes de la religion catholique. En 1920, alors que l’Eglise, Yati» can en tête ! — n’a pas su briser le flot de l’incrédu-

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lité quasi universelle, il est convenable, assurément, de ne plus montrer le Christ sous des aspects rébarbatifs et terribles. M. Denis, autre peintre sacré, a fort bien compris, lui aussi, cette douloureuse nécessité.

Certes, douloureuse! Car il faut bien avancer que les tableaux dits religieux ainsi offerts perdent beaucoup en intérêt. C’est un peu de la peinture pour églises mondaines, où l’on bat la retape des gens riches à force de rigodons musicaux et de prêches de bon ton. Je sais bien que cela encore affolait Hüysmans; mais c[u’y faire ?

Déjà, depuis longtemps, du reste, dans presque toutes les églises, le branle était donné. Je ne sache pas en effet qu’Ary Scheffer et Hippolyte Flandrin aient été, eux aussi, des peintres durs; ils ont bien accommodé, au goût du jour, des Cènes et des Montées au Golgotha^ ils ont bien macéré dans Içs fards les plus tendres, . dans les onguents les plus vantés, leurs Saints et leurs Saintes; ils ont bien salopé, pour tout exprimer, le céleste Empire ; et, à Voir, d’autre part, l’empressement avec lequel les curés ont « bazardé » leurs vieux saints de bois, leurs vieux tabernacles, patinés par le courroux des temps, pour remplacer toutes ces choses sacrées par les bondieuseries de la place Saint-Sulpice, vraiment on était très engagé à suivre le mouvement; et MjM. Denis et Desvallières, peintres sacrés, n’y ont pas manqué.

Pourtant, pourtant, il faut bien se répéter — et répéter surtout aux imbéciles ouailles — qu’un peintre sacré ne saurait faire œuvre louable, en vivant de toute la vie et dans toute la vie contemporaine; car, elle est bien, celle-là, un des moments les plus infâmes de toute rilistoire, à voir l’amas de gredins qui pullulent et les armées à pleins effectifs qui souillent, à lourdes tripes, les Chambres législatives où elles se retirent.

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