BAIGNEUSE
DULAC. — C’est pour votre glorieuse mémoire, Hüysmans, que je mentionne Charles Dulac ; et aussi parce qu’il eut beaucoup de joie à peindre des natures mortes et des églises ; avant que de vous enchanter — après sa conversion! — avec ses peintures sacrées et ses lithographies pieuses.
Que de souvenirs! Hüysmans, Ligugé, la mort de Dulac ! Tout s’elfondra ! Et elle vint, cette mort, si subitement, que, du coup, Hüysmans perdit tout espoir de retrouver un jour un peintre « propre ». Il ne pouvait pourtant pas se rabattre sur M. Girieud, peintre sacré et marseillais ! ou sur M. Lombard, autre sacré peintre marseillais ! '
FÎLIGER. — M. Filiger, avec une tenace ambition de recommencement, avec une volonté têtue de retourner en arrière, imagina, des Christs naïfs et des scènes mystiques, où les personnages ont des maigreurs de consomption et des anémies morbides. Or, en ce genre, on sait que les maîtres de la Souabe firent de inériie; et qu’ils laissèrent de tels tableaux que toute comparaison est vaine.
MARCEL-LENOIR. — M. Marcel-Lenoir est assurément un des plus estimables parmi les peintres sacrés. Il se donne, lui au moins, la [leine de dessiner et de peindre des figures élues, au lieu de prendre dans son entourage des faces de Christ ou d’Auguste Mère !
Et M. Marcel-Lenoir encore, depuis de longues années, s’en tient à son travail sérieux; il ne saute pas des rigodons champêtres à des crucifixions ou à d’autres scè,nes religieuses.
Il n’est peut-être pas, lui non plus, en ce triste temps, un Fra Angelico sur; mais, à tout prendre M. Marcel- Lenoir est encore un des seuls peintres actuels qui sache établir une fresque, sans brocanter la Religion, ses pompes et ses oeuvres.
Les Fantaisistes
Les Fantaisistes sont d’agréables sires, mâles et femelles, qui se plaisent à nous divertir par d’ingénieuses toiles, où, souvent, il y a une délicieuse pointe de cocasserie! Ah! ne répudions jamais ces folâtres convives! Pensez à un banquet où vous ne verriez jamais que M. Vallotton et M. Mainssieux! De temps en temps, les serinettes des Fantaisistes sont d’un alerte attrait dans la forêt des peintres. Elles nous ravissent, elles nous captivent, elles nous entraînent, avec des rires, avec des cris joyeux, jusqu’au petit palais enchanté des plaisirs!
DRESA. — M. Drésa est le dessinateur et le petit peintre né pour ces boudoirs où les filles et les femmes du monde aiment à couver la totale imbécillité de leurs pensées. A des cervelles de levrettes, il faut des fanfreluches, des rubans, des jardins, des danseurs costumés, des singes hardis et des cygnes indolents. M. Drésa, avec une fécondité surprenante, leur fournit tout cela; et c’est fort spirituel, et c’est fort galant!
LES l^’DÉPENDÂlNTS
Je sais bien que M. Drésa est tout de même très coupable d’agir ainsi ; car, enfin, s’il n’existait pas, les autres peintres, les bons peintres pourraient, dans les boudoirs, caser leurs œuvres! Ah! comme c’est peu connaître les filles et les femmes du monde! Mais, quand elles n’ont pas acheté un dessin, une acfuarelle de M. Drésa; eh bien! pour avoir des rubans quand même, elles en nouent à des clefs de meubles, à des ampoules électriques, à des dossiers de chaises, à des poignées de salamandre ! Des fleurs ! elles en mettent dans des bidets de faux Rouen, dans des bassinoires, dans des fonds de bain ! Elles n’ont pas encore un Drésa ! Eh! bien! elles achètent de fausses gravures anglaises, des retapages du dix-huiLième, une fureur!... Direzvous, alors, une fois déplus, que M. Drésa est coupable? mais, au contraire, c’est un homme providentiel, et à qui il faut souhaiter longue vie. Car, enfin, comme de deux maux il faut choisir le moindre, j’aime encore mieux supporter les œuvrettes de M. Drésa que toutes les niaiseries cj^ui font de tant de boudoirs parisiens et mondains d’irrésistibles « vomitoires ».
DUFY. — M. Dufy est un peintre d’une telle adresse, d’une telle virtuosité, que tout lui estpermis. Il a pu peindre sous l’influence de Van Gogh et de ses camarades Friesz et Marquet, sans trop de casse. Cubiste, il est devenu; et il a su réaliser des tableaux alertes, joliment délicats, d’un esprit indéniable et d’une gaminerie spirituelle. L’image d’Epinal même l’a tenté; et il a ajouté son esprit, sa distinction, son élégance, au labeur des ordinaires imagiers. Quant à la diversité de son œuvre, elle est complète. M. Dufy, bondissant et rebondissant sur tous les tremplins^ peut, en vérité, tout peindre: les plages, des paysages de Paris, de Ronfleur, de Sainte-Adresse, des bals champêtres, des impressions de Munich, que sais-je encore? Tout dépend du peintre qu’il accompagne en voyage. Il n’est pas son imitatevur