‹ Les indépendants, 1884-1920Chapitre 27 sur 48 · PORTRAIT DE MAURICIA DE THIERS · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE MAURICIA DE THIERS

direct; mais il se met à coté de lui, et il le détrousse im peu, juste assez pour n’être pas disqualifié. Et, d’ailleurs, sa piraterie est toute de savoir-vivre. Il prend, il ajoute à son larcin; c’est un paslicheur de bon ton.

Et puis, tout d’un coup, il consent à rester chez soi; et il peint alors des tableaux recherchés, où toute une grâce délurée s’inscrit dans le plus ridicule objet, dans un chapeau de paille, dans une table, dans un carton à chapeau. C’est alors troussé et retroussé, du bout des doigts, avec une prestesse d’Orieiital. C’est fait d’un coup, d’un rebroussis de pinceau; c’est sûr, étonnamment habile et raffiné, léger, subtil. M. Dufy fait penser à ces modistes de génie, qui, d’une chiquenaude, vous calent un ruban, une aigrette ou une lourde plume. On est ravi; on ne se lasse pas de regarder le joli petit tour de force accompli sans effort. Pourquoi M. Dufy ne s’en tient-il pas à ce gracieux état d’ame ? Est-ce un mystère ? ou M. Dufy, acrobate et virtuose, veut-il se prouver à lui-même qu’il peut aisément réaliser toutes les prouesses de ses camarades?

Alors à quoi bon ?

LAFORGE. — ' La fée de l’humour a départi à Lucien Laforgejene sais quel goût de l’invention cocasse, baroque, extraordinaire. Pour Laforge, il est inutile de faire de la peinture si l’on doit s’en tenir aux modèles naturels. C’est dire qu’il ne fait aucun cas d’un paysage de Courbet ou de Pissarro, d’une nature morte de Cézanne ou de Vallotton.

Il a illustré des livres d’une manière singulièrement drolatique. Et son dessin est tout en arabesques, rudimentaire et pourtant très savant. Un jour, en 1912, il a fait le 'portrait de Madame Mauricia de Tliiers; et ce portrait est étonnamment dans le caractère du beau modèle ; pourtant quelle simplification de dessin et quels tons simplement posés à plat !

Dans l’illustralion de certains contes des Mille et une nuits, joyeusement, loufoquement, il a représenté des ânes, des femmes à larges jupes, des hommes à turbans, des parcs, des intérieurs, des baleines et des poissons rouges; et rien n’est plus drôle, rien n’est plus ingénieux, rien n’est plus spirituel. Quand les éditeurs se décideront à publier des livres enfin neufs, ils trouveront en Lucien Laforge l’illustrateur capable des plus extrêmes folies et des plus drôles, des plus réjouissants spectacles.

LAURENÇIN. — Marie Laurençin travaille dans le Persan. Elle travaille aussi dans le Botticelli, qu’elle assaisonne à la mode persane.

Toutes ses Salomés, toutes ses Dianes chasseresses, toutes ses Artbémises, toutes ses jeunes filles et ses jeunes femmes, tout cela prend ligures de miniatures agrandies; et c’est très élégant, très svelte, très agréablement paré de tons vifs — ou de tons gris très argentés.

Mme Marie Laurençin aime aussi les simples natures mortes, où elle peut écrire — avec joie — le mot : Alcools ! Gela, c’est un méfait de la Littérature. M*^® Marie Laurençin sacrifie beaucoup à la Littérature. Elle fut Muse, d’abord. La peinture ne vint qu’ensuite. C’est pour cela sans doute qu’elle s’en tient à des tableaux, en somme, assez niais, qu’elle sauve par un dessin agile et par une couleur ingénue.

MARVAL. — Ob! comme j’envie M“® Marval de garder son goût si vif des rubans, des fleurs et de ces mille légères frivolités qui réjouissent tant les femmes! Gomme je l’envie de ne voir, chez la femelle de Socrate, chez le veau de Cézanne, que des Rieuses, des Frivole^ et des Hannetons î vole, vole, vole!

Comme on donnerait lourd de sa vie pour retrouver une âme aussi candide, aussi éthérée ! Quel enchante-

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