PAYSAGE AU ROCHER
folies. Il écrivait des légendes philosophiques et cosmiques qui étaient autant de réjouissants poèmes. Je sais bien que cela ne pouvait durer ; et M. Trachsel vit peutêtre dans une retraite très calme, ne pensant plus du tout à la Peinture et aux excès qu’elle peut engendrer.
WAROQUÎER. — Des paysages au premier abord d’aspect chaotique, bouleversé ; des paysages des premiers temps du monde, quand les montagnes basaltiques plongeaient dans des eaux lourdes; des formes étranges en dents de scie, en tailles de cristaux, en pics et en rotondités ; puis, si l’on s’attarde à regarder l’œuvre, sous des rayonnements d’astres, sous des halos fulgurants de soleil, des villages, des castels que l’on découvre, des voiles de bateaux qui se bercent, des arbres qui retombent comme des palmes, toute une nature enfin organisée, voulue magnifique, grandiloquente, compliquée, fastueuse; — telle se révèle jusqu’à ce jour l’œuvre de M. Henry de Waroquier.
Et cet empire de la mer, des montagnes, des arbres, des villages haut perchés, des architectures multiformes, c’est bien à ce peintre, dont l’imagination se débride, dont la fantaisie s’exalte, au contact de la toile vierge. Je songe parfois, devant tels nuages, dont les volutes enserrent des masses cyclopéennes, je songe à un Greco enragé, frénétique, las de la terre, et cherchant dans le monde lunaire des criques et des havres, des monts et des pics, des eaux pesantes, et des villages de rêve, qu’il endormirait pour toujours dans des ténèbres d’ombre, ou derrière des pins durs se noircissant sur des éblouissements d’incendie.