I.ES INDÉPENDA>’TS
de paysages, des états de lieux rédigés par un implacable scribe. Cela ne déplaît pas toujours; et c’est, en tout cas, bien préférable à la peinture fpji coule, à la peinture frappée d’infortune vénérienne, qui réjouit, il faut bien le déclarer, tant d’amateurs !
DUFRENOY. — M. Dufrénoy construit en pleine pâte de solides architectures, et avec un souci très réel des nuances. Il dessine avec une extraordinaire sûreté des loggias, des colonnes, des ponts, des bateaux, qu’il se trouve à Paris ou en Italie. Quelle que soit la grandeur de la toile à peindre, sa verve le tient sans cesse en haleine. Il y a, dans son œuvre, tels paysages de Venise, je veux écrire tels palais du Grand Canal, qui vraiment suintent l’humidité, le mouillé, si je puis ainsi m’exprimer, de l’atmosphère; et les patines du marbre et de la pierre n’en sont que plus vives et plus ardentes. A Paris, M. Dufrénoy a réalisé aussi des paysages do rues qui chantent toute la nostalgie du passé par leurs briques roses fanées, par leurs toits d’ardoises noircies, par leurs pierres jaunes, gratinées et dures.
DUMONT. — M. Henri Dumont est surtout renommé pour ses fleurs. Elles sont de belle tenue et désirables. Pourtant, nous nous souvenons, nous, de certains nus féminins et d’intérieurs assurément séduisants. Mais on sait qu’on ne peut rien contre les amateurs; estimons donc, nous aussi, en M. Henri Dumont, un notoire peintre de Fleurs.
DUNOYER DE SEGONZAC. — En haine de la
peinture claire, dont nous sommes, il est vrai, op|)ressés, M. de Segonzac retourne à la peinture noire; cl il peint de solides compositions, grassement.
Ses œuvres sont de celles que l’on entrevoit, que
l’on perçoit encore, dès la nuit tombée. M. de Segon» zac noie dans les ténèbres l’effort de son style ; et s’il exècre la couleur claire, il paraît aussi, quelquefois, nourrir pour le dessin le même mépris.
Cependant, nous nous rappelons maintes toiles où tout était recherché : dessin, couleur et sens de la composition. M. de Segonzac, du reste, restreint son œuvre; et il ne nous donne à admirer des toiles que lorsqu’il a remué, en tous les sens, le copieux limon de pâte qu’il a, autre geindre de la Peinture, à entraîner,
DUREY. — Le jeune âge de M. Durey lui permet de subir encore des influences. Certains de ses paysages s’augmentent de l’influence de Cézanne. M. Durey dessine et il construit. Il ne sacrifie rien, lui, au hasard. Assez de ses co-exposants se livrent à la tartouillade du ton.
Aussi les paysages de M. Durey sont plus froids que beaucoup de peintures injustement vantées. Ils sont secs, précis, et toujours bien composés.
GABORÎAUD. — Un fond de bocage luisant, dense, une plénitude feuillue d’émail; là-dedans, au beau milieu, un perroquet vif^ bleu, rouge, jaune ; tel fut le premier tableau de Josué Gaboriaud aperçu par nous, une fin d’après-midi, chez un marchand de la rue de la Boëtie.
Et, depuis, des arbres, des vallées, de grandes natures mortes, des nus et des intérieurs, exprimèrent toute la joie et toute la passion de ce peintre robuste, âpre, bâti comme une sorte de paysan volontaire ; mais dont l’âme a des sensibilités et des délicatesses hors de coutume.
11 habite là-bas, près de Marly, dans un village des champs, tout au milieu de ses amis maraîchers et vignerons. Il se mêle à leurs travaux, à leurs fêtes; il aime leurs maisons, leurs arbres, leurs routes; et si, au