PORTRAIT DE MIRBEAU
LES INDÉPENÛAINTS
printemps, il peint, tout avide d’amour, les arbres fleuris, — il vient, en hiver, consoler les longs arbres qui s’ennuient et qui pleurent dans le vent.
11 peint aussi les intérieurs d’où^ par une fenêtre, on aperçoit la campagne étagée, avec, souvent, sur la ligne de faîte, les petits toits rouges des maisons isolées. Et cela compose une peinture modérée, ordonnée, d’une sérénité sans heurt, — quelque chose comme le décor a[)aisé et confiant du bonheur et de la joie de peindre de ce peintre qui nourrit tant d’amour pour la vie, pour toute la vie !
CACHET. — Saluons en feu Paul Gachet le premier défenseur de la peinture dite alors nouvelle; et dont Cézanne, Pissarro et Van Gogh furent les plus illustres représentants.
J’ai conté ailleurs [Paul Cézanne^ Ollendorff^ édileur) la vie de ce très curieux père Gachet, médecin de la Compagnie du Nord; et qui, installé à Auvers-sur- Oise, consacra tout son temps à ses malades et à la peinture. -
Il aimait les Salons des Indépendants; et, une année, il envoya avec grande cérémonie V Ancêtre ou le portrait de Van Mabuse^ parce que, lui, Paul Gachet, il prétendait descendre de ce maître.
Entre temps, il était plus modeste; et il se contentait généralement d’une Tête de cochon, qu’il brossait avec le plus vif entrain, à la manière de Van Gogh, son peintre préféré.
Il gravait aussi à l’eau-forte. Isolé dans un petit atelier, sous le toit de sa maison, personne ne l’y dérangeait. Peintures et gravures s’accumulaient : por* traits, paysages, natures mortes, etc.
Il eut une élève : M”® Blanche Derousse, qui exposa aussi aux Indépendants.
Le père Gachet mort, — - Dubois-Pillet, — et le père
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Valton, également, c’est tout l’age héroïque des Indé- i| pendants révolu; c’est toute une histoire qui trouve là i son plus beau chapitre ! f\
GONDOUÎN. — Les terrassiers, les blanchisseuses, Dédé, ^
dit « Rouge-gorge », les déménageurs, furent d’abord |
aimés de M. Gondouin. Mais, nous nous souvenons, f
avec plus de plaisir, d’un 'portrait de Mirbeau^ que ^
signa récemment M. Gondouin. J
Cette gueule d’orang, dans des tons gris, bleus, rouges et verts assourdis, ce mufle jeté en avant, ^
énorme, et les yeux comme tapis sous les sourcils en :
forme de petits carrés de bois, cela constituait une œuvre curieuse, invue. Nous aimâmes jusqu’au nom : Mirùeau, écrit en lettres capitales noires sur un vert acide et adorablement un peu criard.
HOUTEN, — M. Georges Van Iloulen, adroit coloriste, a peint les gens du monde — et aussi notre ami, éter-v^ nellement jeune : M. Théodore Duret.
Il a campé celui-ci droit comme une épée. Mais M. Duret est, si je ne me trompe, près d’un coffre-fort, dans ce portrait. Cela ne s’accorde guère avec la prodigalité très notoire de M. Duret. M. Van Houten met-il,
])ar la même analogie, à côté d’une femme du monde, un livre portant ces âpres noms ; Schopenhauer ou llüysmans?-
M. Van Houten nous étonnera bientôt par de vastes toiles d’un vif accent moderne. Il a de hauts projets; et il saura les réaliser pour notre entier agrément.
JAUDIN. — A tous les Salons, depuis le premier jour, on
était assuré de retrouver des tableaux de M. Henri Jau- î
din, qui fut un des plus zélés fondateurs de la Société y
des Artistes Indépendants. Zélé à coup sûr, car il eut la jè
LEJS INDÉPEPfDANTS
rude tâche d’organiser financièrement la vie — un peu turbulente, au début, du bon groupement.
M. Jaudin recherche surtout les « effets » du matin, les gorges et les vallées embrumées d’argent, avec des nuances roses et bleuâtres. Et ces paysages, bien à lui, il les peint partout, à Marigny, près Etampes, à Malain, dans le Doubs, à Port-Launay, autour de Besançon, etc.
Si jamais vous rencontrez M. Jaudin, faites-le parler sur la Société des Indépendants. Pas un n’en connaît mieux l’histoire, si comique au début; il vous donnera des détails que j’ai dû^ moi, passer sous silence; car il y a tellement de choses que l’on ne peut pas écrire sous peine d’affoler le lecteur — et les peintres !
JOURDAIN. — On ne pourra pas reprocher à M. Francis Jourdain de s’en être toujours tenu à des redites, à l’exploitation d’un procédé pictui’al, à des sujets éculés.
Nul n’a été plus touche-à-tout dans le bon sens du mot. Nul n’a plus que lui porté sa curiosité dans les coins les plus divers.
Il a peint assidûment tout ce que l’on peut peindre, sans doute plus les paysages que les natures mortes et les figures. Mais les animaux eux-mêmes, au moins ceux de basse-cour, ont été interprétés, dessinés un peu à la manièrejaponaise, par M. Francis Jourdain.
Curieux de Lettres et d’art, il a connu, vanté Marquet aussi bien que Charles-Louis Philippe, Lautrec aussi bien que Maurice Utrillo^ dont il aima surtout les boutiques si amoureusement peintes, boutiques de petite ville ou de Montmartre.
Maintenant — et ce sera autre chose demain! — maintenant M. Francis Jourdain tient boutique d’ameublement, rue de Sèze. Il cherche à imposer ce qu’il désire ; et je souhaite à tous les gens riches de suivre le goût deM. Francis Jourdain, peintre de talent, curieuxen toutes choses, et tapissier-meublier, si je puis ainsi dire, de la plus complète et de la plus recevable originalité «
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KISLING. — D’une peinture noire^ Kisling est arrivé à une peinture violente, contrastée.
Il aime les couleurs toutes faites, les plus communes, les plus hurlantes. Il ose plaquer le violet de cobalt^ — cette horreur! et le bleu d’outremer tout vif, tout cru. Un jour, il réussit de savoureux gris de perle, des jaunes tendres, des roses assourdis ; puis, de nouveau, il se rue sur sa boîte à peindre, et il crache, à pleins tubes, du blanc d’argent, du vermillon et du cobalt. Drapeau de la Victoire.
Ses personnages et ses paysages sont parfois d’aspect enfantin; ses natures mortes font souvent penser à Cézanne.
Tout de même, on reconnaît décisivement un tableau de Kisling. C’est sec, très découpé, très coloré. Ce n’est pas toujours d’un goût très sûr; il y a quelquefois des maladresses, des gaucheries qui déconcertent; mais, quand un tableau de Kisling est bien venu, c’est toujours une œuvre très prenante. Je me souviens ainsi d’un nu très hardi, qui n’est pas loin d’être un chef-d’œuvre. Le sexe, ici, est offert, comme une fleur de haute serre, par une femme à l’air si ingénu, si inconscient, que ce nu ouvert constitue vraiment une peinture sataniquement sensuelle.
Certains de ses petits paysages sont également élus. Ils contiennent, ceux-là, une invention gamine, une fantaisie ailée. Rappelons-nous le Jardin du Luxembourg et le Paysage à Ville-d' Avray , qui figurèrent à une exposition chez Druet, en novembre 1919. Ces précieux paysages ne sont pas loin aussi d’être des petits chefs-d’œuvre. Voilà des réussites de Kisling!... Mais quand il se trompe, il se trompe lourdement. Alors il dessine des bras trop courts, des raccourcis gauches. Puis, tout d’un coup, comme furieux de ces ratés, ou sa joie succédant soudainement à sa tristesse, il nous offre un nu jeune, une merveille candide de dessin, une espèce de résurrection
KISLING
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