I.ES 1MDÉPENDA^TS
MANGUIN, — ' J’aime ou je détèsle les tableaux de M. Henri Manguin. Ils ne me laissent jamais indifférent.
Je déteste les tableaux de M. Henri Manguin, quand ils sont chargés de couleurs communes, presque vulgaires, des violets, surtout, odieux.
Mais j’aime les tableaux de M. Henri Manguin, quand décisivement, à franches couleurs, ils se contrastent dans un rythme chromatique parfait.
Et cela peut être éclatant, aveuglant ! Jô me souviens ainsi d’un portrait de Femme, debout devant une fenêtre, derrière des fleurs, des plantes, en pleine lumière. Ç’est un pavoisement insolite de tons crus. Mettez ce tableau dans une villa d’été, sous un jour d’atelier, ce sera une fête de lu Peinture !
Prenez aussi certains paysages de M. Henri Manguin; des paysages du Midi, des paysages à montagnes et à bateaux; et vous aurez un agrément à les contempler. Si la peinture doit décorer des salles (c’est surtout dans les salles à manger que nous réclamons maintenant des peintures claires), à coup sûr des toiles choisies de M. Henri Manguin composeront la plus invitante décoratioû qui soit!
Pourquoi^ avec tout son clair talent, M. Manguin rate-t-il alors des toiles ? G’est que, parfois, les tons, chez lui, sont dissociés et courent trop souvent les uns après les autres. Gela fait une désagréable apparence d’aquarelle, où l’on aime à faire jouer — ^ à faire trop jouer ^ les blancs du papier.
Quand M. Manguin, au contraire, serre ses tons, quand il se décide à conserver toujours le dessin dans la fantaisie de sa couleur, alors ses toiles sont attirantes ; et elles sont quelquefois aussi curieusement ambiguës, quand, s’influençant de Cézanne et de Renoir, alternativeinent ou même de tous deux ensemble, elles restent quand même significatives ^ et vous donnent ainsi l’image dé M. Manguin tenant à distance les deux
LES INDÉPENDAr^TS
maîtres qui voudraient peindre chacun au moins une moitié du tableau.
Hatons-nous d’énoncer que cela c’est de la littérature picturale — , si je puis ainsi dire! car, à Honfleur, à Cassis et dans toute la Provence, M. Manguin a peint des toiles à lui, bien à lui; et dont la décisive originalité n’est point, un seul instant, enjeu. Ce sont alors des tableaux fort bien composés, très voulus décorativement, et qui sont autant de jolies fenêtres ouvertes sur les richesses des paysages.
Ses figures, enfin, baigneuses et portraits dans des parcs, sont très souvent d’une grâce radieuse; et si M.Manguin peint d’une façon aiguë et ardente les roses, les bleus, les jaunes, les verts de la chair ; il n’est pas moins habile à peindre les dessins d’une étoffe, à obtenir d’une tunique de soie multicolore le plus captivant, le plus complexe et le plus chatoyant des paysages !
MARQUE T. — ■ Marquet est arrivé à la simplification la plus déterminée. Nullement imaginatif, pas émouvant, c’est, lui aussi, un « œil », comme l’appareil photographique. Mais c’est en plus un œil fort bien organisé. Car cet œil ou Marquet plus complètement sait fort bien plusieurs choses.
D’abord, le paysage à interpréter. On a dit, un jour, plaisamment : « Marquet voyage jusqü’à ce qu’il rencontre un pont en fer! » Et c’est vrai; et Marquet, luimême, a bien raison d’agir ainsi. Car il les réussit pleinement les ponts en fer, et les ponts autrement, et l’eau qui passe dessous, et les bateaux, remorqueurs et péniches, qui passent dessus cette eau, souvent tachée de beaux reflets.
Mais Marquet sait à souhait trouver d’autres sites. Prenez, en effet, la plus grande partie de ses toiles; et vous verrez qu’un artiste photographe ou un photographe artiste n’eût pas mieux choisi. A ^Marquet
MANGUIN
PHOTO E. DRÜET