‹ Les indépendants, 1884-1920Chapitre 39 sur 48 · DEUX NUS · texte numérisé non relu

DEUX NUS

jugua de même des marchands de tableaux largement patentés; et il leur casa ses panoplies avec de sûrs profits !

Aujourd’hui, il sait, mieux que personne, que le bloc cubiste suinte, perd son sang, s’évacue en ordures et en immondices fétides. Picasso sait mieux que personne encore qu’il doit se libérer de sa trouvaille, secouer ses hardes, sous peine de finir avec les charognards. Aussi, préparez-vous, amateurs, connaisseurs, marchands, spéculateurs et autres mercantis, Picasso, monté sur une nouvelle baraque de la foire aux peintres, vous prépare la vue d’un autre phénomène, l’exhibition d’un veau à six pattes, le tableau . rare, unique, extraordinaire, que vous attendez, tous, en baillant, en vous désolant, en conciliant vos chausses, tant votre cervelle se liquéfie d’inquiétude et d’angoisse, tant vous suez de peur et d’espérance !

Et moi, le premier, comme vous tous, j’attends de Picasso ce tableau-là ! Qu’il débusque demain un maître pas trop pillé; et, entré dans la demeure de ce maître, il saura faire main-basse sur son œuvre. Donnons-lui crédit pour croire qu’il pourra s’assimiler cette œuvre selon de nouvelles recettes. Du reste, qui nierait le tour de main de Picasso, son adresse à mettre en valeur ses larcins, son ingéniosité qui s’exprime en si larges développements qu’elle raccroche toute cette tourbe d’étrangers que Paris avale, toute honte bue, et qui range autour de lui, Picasso, cette cour puante, cette basse-cour plutôt, dont il est — avec quelle distinction ! — le dompteur et l’idole.

BRAQUE. — M. Braque a commencé par peindre des natures mortes et des paysages honnêtes. Puis il s’embrigada dans la horde éméchée des cubistes. Il y retint l’intérêt de quelques oisifs et de quelques braves gens qui ont soif d’originalité à tout prix; cette originalité fût-elle de seconde ou de troisième main.

M. Braque, qui revient de la guerre couvert de gloire, ira-t-il bientôt dans une petite troupe fervente et neuve?

GLEIZES. — Portraits, paysages de Bagnères-de- Bigorre, joueurs de foot-ball et nus, formaient les tableaux ordinaires de M. Gleizes avant sa chute dans le cubisme. Ses paysages, surtout, furent rudimentaires, gris, arbres et murs vraiment de prison. Puis, le cubisme actuellement le garrottant, M. Gleizes se condamne à tourner en rond ou à placer en losanges, en carrés, en triangles isocèles, des rubans, des mastics, des bouts de macaroni. C’est amusant de couleur; et j’espère que ça amuse M. Gleizes.

HAYDEN. — Les peintres qui ont influencé M. Hayden sont assez nombreux, ils sont trop! On nomme Friesz, Paul Gauguin, Cézanne, Derain; et, à l’heure actuelle, Picasso tient toujours M. Henry Hayden, écolier, par le fond de ses chausses.

Je plains l’amateur jeté, pattes en l’air, dans cette confusion I

Doit-il suivre Hayden-Friesz, Hayden-Gauguin, ou Hayden-Picasso ? Avec le cubisme, au moins, il a plus de chance de s’en tirer; car les cubistes s’entendent assez bien pour ne pas étendre tous, à la fois, sur leurs toiles, les mêmes frisures et les mêmes bouts de tapis. Le cubisme est un des rares syndicats qui fonctionne bien.

M. Hayden, d’ailleurs, est très adroit, B est de ceux qui, cubisme lâché, se retrouveront aptes à peindre selon la nouvelle formule; et cela, sans honte et sans pudeur.

HERBiN. — Celui-ci également tira fort sur la queue néoimpressionniste ; puis, après maints tableaux, il se réfugia dans le cubisme, impasse assez profonde pour

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