‹ Les indépendants, 1884-1920Chapitre 40 sur 48 · I.ES INDÉPENDANTS l · texte numérisé non relu

I.ES INDÉPENDANTS l

recueillir des centaines de jeunes peintres, essoufflés d’avoir couru après une originalité formelle.

Le cubisme recueillit donc M. Herbin. Qui va-t-il suivre après le chef cubiste?

LEGER. — > M. Fernand Léger a commencé par des toiles bienséantes; puis, un beau jour, il a accumulé sur d’invraisemblables escaliers des batteries de cuisine folles. Le cubisme se permet tout, c’est entendu; mais M. Léger ne met jamais d’ordre dans sa baraque foraine : Ici Von casse! Au porte bonheur! et l’on passe, indifférent, devant ce perpétuel étalage de pots égueulés, d’assiettes en morceaux et de bouteilles fracassées,

METZINGER. — M. Jean Metzinger est un peintre tourmenté, curieux et raisonneur. Il fut et il est encore tiraillé en tous sens par les mouvements d’opinion les plus divers.

Nous avons connu M. Metzinger jeune pompier. Il brossait alors des paysages et des portraits, qui offraient toutes les apparences de la sagesse la plus réfléchie.

Puis la mouche du néo-impressionnisme bourdonna au-dessus de sa tête, et. finalement lui piqua l’oreille. Il entendit alors les appels de Signac; et il devint adorateur de la touche divisée. Rien ne changea pour cela. Il mit des petits points contrastés sur les mêmes paysages et sur les mêmes portraits, cernés par le même dessin.

Et enfin le cubisme apparut. M. Metzinger, alors, se dévoua corps et âme à la religion nouvelle. Il planta des équerres sur des épaules de femme; il installa en pleine action des voltamètres sur des bras de fauteuil; il joua avec les dodécaèdres et avec les rhomboèdres.

Rien encore ne changea pour cefa. M. Metzinger fut

LËS INDÊPENDAÎNÎS

un homme de plus dans la petite Irôlée du cubisme ; et l’on attend, aujourd’hui, sans émoi, la nouvelle transformation de M. Metzinger.

RIVERA. - — Deux tableaux de M. Diego Rivera : La jeune fille aux artichauls et La jeune fille à l'éventail. Ces deux tableaux, en harmonie grise, rose et verte, sont d’un beau sentiment décoratif. Ils ressemblent à des fresques, et ils en ont toute l’austérité et tout l’attrait.

J’ai misM. Rivera dans la troupe des cubistes. Mais M. Rivera, quand il consent à ne j)as tomber à fond dans cet art de tapis — ou simplement ornemental — qu’est le cubisme, il est, j’y reviens, un décorateur doué des plus séduisantes qualités. Et, lui au moins, il peut très bien développer ses dons, sans qu’il ait besoin d’ahurir en taillant outrageusement dans la chair, devenue bois, des personnages qu’il met en scène, pour répartir ensuite ces déchets de bois au hasard d’une fantaisie de tapissier chu dans les brindezingues ’

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