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LA JEUNE FILLE AUX ARTICHAUTS

Les Illustrateurs

Je range dans cette catégorie les illustrateurs proprement dits, et tous les peintres et dessinateurs qui aiment l’anecdote et qui ne recherchent pas toujours la qualité du sujet à représenter.

Parmi ces illustrateurs, les uns s’en tiennent au croquis de mœurs; et les autres, plus présomptueux, s’attaquent à la technique plus exigeante du tableau.

Mais les uns et les autres ont plu ou plaisent à la foule. Ils ont, par époque, et, tour à tour, leur public. Il est bien évident, par exemple, que Willette ne saurait plus charmer, en l’an 1920, les Montmartrois devenus Anglais, Américains et Italiens. Ibels, aussi, est comme démodé, tant il est loin le temps du Théâtre Libre!... Ah! les illustrateurs, certes, sont les moins enviables des artistes ! lis connaissent leur triomphe; puis ils s’écroulent. Seuls, les biblophiles, ces amateurs podagres, accordent alors un pleur à leur mémoire.

BOLLIGER. — Pour M. Bolliger, la plus noble conquête de riiomme, c’est le cheval. Je ne veux pas énoncer qu’il n’a peint que des chevaux. De nombreuses natures mortes et de multiples paysages témoignent du contraire; et cela tantôt sous l’influence de Van Gogh, tantôt sous l’influence de Renoif. Des nus, également, fixèrent et fixent toujours son attention. Mais, indéniablement, le grand amour de M. Bolliger, c’est le cheval.

Qu’il soit cheval d’omnibus, cheval de livraison, cheval de cirque ou cheval de promenade, cela importe peu à ce peintre, qui a, vraisemblablement, toutes ses nuits peuplées par des chevauchées galopantes. Le tout, c’est de peindre un animal qui a nom cheval ; et M. Bolliger ne manque jamais à cette tâche.

Pourtant, fait assez commun : je parierais volontiers que M. Bolliger n’a jamais conduit un cheval. Alors on ne s’explic{ue guère cette passion, très calme en somme, puisque M. Bolliger se contente uniquement de faire le portrait d’un cheval; et ce n’est ni très émouvant, ni très plastique, quand on se satisfait, comme M. Bolliger, d’une réalisation quasi photographique.

Faut-il croire que M. Bolliger, né dans un pays de glaciers, en Suisse, a souffert longtemps de ne pas voir un cheval, et que, lorsqu’il en a vu un, il lui avoué un culte délirant? Faut-il croire aussi que M. Bolliger subit l’influence d’une hérédité implacable; l’esprit revenu, en lui, d’un cent-gardes, parent lointain et insoupçonné? Ou, tout bonnement, faut-il croire que M. Bolliger a simplement raisonné ainsi : Des peintres font des ponts, toujours des ponts ; d’autres peintres des scènes mythologiques, toujours des scènes mythologiques; d’autres peintres encore, des sujets religieux, toujours dessiijets religieux; d’autres peintres enfin, le portrait de Madame, toujours le portrait de Madame ; eh bien !moi, jeferai des chevaux, toujours des chevaux. Ce n’est pas plus neuf, mais ce n’est pas plus bête?

BORGEAUD. — M. Borgeaud admire Félix Vallotton, né comme lui à Lausanne. Il l’admire jusqu’au point de lui « chiper » les petits intérieurs^ dans lesquels l’esprit froid de Vallotton exulte. Tout ce qu’il y a de propre, de net, de précis dans la représentation des intérieurs-Vallotton, M. Borgeaud, avisé comptable, le note et en fait son farouche profit. Même sécheresse d’âme, même parcimonie de détails, même cruelle satisfaction de ne rien négliger. Mais c’est moins amusant, encore; et c’est plus guindé, plus en bois’ M. Borgeaud est assurément un peintre de THelvétie, qui veut flirter avec l’esprit français. Il y a un peu en lui des grâces de l’ours de Berne.

Et quand M. Borgeaud se laisse entièrement aller à sa nature, il plagie alors très fâcheusement Lavrate. Nous nous souvenons d’un Banquet de facteurs des jjostes qui était lourdement accablant. Le bas comique, le niais dessin de Lavrate s’enflait ici jusqu’à l’apothéose. M. Borgeaud, s’essoufflant sur cette vaste toile, apparaissait très dispos pour les cavaliers seuls dans les cachuchas de l’huile.

FORAIN. — On a si abondamment expliqué l’œuvre de Forain, qu’il est bien inutile que je revienne, à mon tour, sur son cas. Je veux seulement avancer que Forain a tort de s’obstiner à transposer en une peinture sourde — et si vaine! — les agressifs dessins de mœurs qui ont établi sa réputation.

GRANDJOUAN. — Un vigoureux, ardent dessinateur, pamphlétaire hardi. Des occasions trop rares de le louer, comme lorsqu’il représenta Les mineurs et les verriers au travail. Des dessinateurs comme Grandjouan et Luce ont plus fait, à eux deux, pour la cause syndicaliste, que tous les politiciens réunis.

LES IN'nÉPENBANTS

HERMANN-PAUL. — Les dessins et les gravures de M. Hermann-Paul sont farcis d’humour. Les noirs et les blancs sont savoureusement distribués, contrastés.

Dessinateur de mœurs, M. Hermann-Paul est encore plus amer que Forain.

Peintre, il peint trop souvent de simples et courtes anecdotes.

Mais il est sans ])areil dans ses illustrations de complaintes et de chansons. Voilà la nouvelle image d’F^pinal qu’il faudrait distribuer. Et quelles ressources merveilleuses il tire de la xylographie! H y a des éclairages et des noirs — à la lumière de la plus neuve facture et d’un vif attrait.

Au Salon d’ Automne de 1919, M. Herrnann-Paul exposa une suite gaillarde : La femme du roulier; Un jom\ Colette; Jeunes gens de mon pays ; Et comment C entendez-vous? ; Le retour du marin', Mode- Ion.

HERVÎEU. — - Louise Hervieu nous donnera à admi-

rer, cette année 1920, les illustrations de deux livres : Le livre de Geneviève et Les Fleurs du Mal.

Ce sera un durable étonnement. Si le premier livre, en effet, contient des illustrations neuves, mais, pourrait-on affirmer, pour enfants; il n’en va pas de même pour le second livre, si souvent souillé par d’indigents illustrateurs, et qui trouve enfin une illustration idoine, une illustration non plus pour enfants, assurément, mais, au contraire, pour les plus grandes ]iersonnes, et à condition, encore, qu’elles soient possédées du Démon et aptes à comprendre tout le merveilleux et tout le mystère !

M**® Hervieu a réalisé pour l’impérissable chefd’œuvre d’inouïs dessins, où les noirs, les blancs, chantent les plus doux des éj^ithalames et les plus effroyables cantiques de la Mort.

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