DU LAC LOMOND AU LAC KATRINE U
commença à gravir le flanc de la montagne, en côtoyant le lit sinueux du torrent.
La route était fort escarpée. A mesure qu'elle s'élevait, la forme des cimes environnantes semblait se modifier. On voyait grandir superbement toute la chaîne de la rive opposée du lac et les sommets d'Arroquhar, dominant la vallée d'Inveruglas. A gauche pointait le Ben Lomond, qui découvrait ainsi le brusque escarpement de son flanc septentrional.
Le pays compris entre le lac Lomond et le lac Katrine présentait un aspect sauvage. La vallée commençait par des défilés étroits qui aboutissaient au glen d'Aberfoyle. Ce nom rappela douloureusement à la jeune fille ces abhiies remplis d'épouvante, au fond desquels s'était écoulée son enfance. Aussi James Starr s'empressa-t-il de la distraire par ses récits.
La contrée y prêtait, d'ailleurs. C'est sur les bords du petit lac d'Ard que se sont accomplis les principaux événements de la vie de Rob Roy. Là se dressaient des roches calcaires d'un aspect sinistre, entremêlées de cailloux, que l'action du temps et de l'atmosphère avait durcis comme du ciment. De misérables huttes, semblables à des tanières, — de celles qu'on appelle « bourrochs » , — gisaient au milieu des bergeries en ruines. On n'eût pu dire si elles étaient habitées par des créatures humaines ou des bêtes sauvages. Quelques marmots, aux cheveux déjà décolorés par l'intempérie du climat, regardaient passer les voitures avec de grands yeux ébahis.
(I Voilà bien, dit James Starr, ce que l'on peut plus particulièrement appeler le pays de Rob Roy. C'est ici que l'excellent bailli Nichol Jarvie, digne fils de son pèrele diacre, fut saisi par la milice du comte de Lennox. C'est à cet endroit même qu'il resta suspendu par le fond de sa culotte, heureusement faite d'un bon drap d'Ecosse, et non de ces camelots légers de France ! Non loin des sources du Forth, qu'alimentent les torrents du Ben-Lomond, se voit encore le gué que franchit le héros pour échapper aux soldats du duc de Montrose. Ah! s'il avait connu les sombres retraites de notre houillère, il aurait pu y défier toutes les recherches ! Vous le voyez, mes amis, on ne peut faire un pas dans cette contrée, merveilleuse à tant de titres, sans rencontrer ces souvenirs du passé dont s'est inspiré Walter Scott, lorsqu'il a i)araj>lirasé en strophes magnifiques l'appel aux armes du clan des Mac Grégor !
— Tout cela est bien dit, monsieur Starr, répliqua Jack Ryan, mais, s'il est vrai que Nichol Jarvie resta suspendu par le fond de sa culotte, que devient notre proverbe: « Bien malin celui qui pourra jamais prendre la culotte d'un Écossais? »
ns, > dit James .SUrr. (Page 144.
— Ma foi, Jack, lu as raison, répondit en riant James Starr, et cela prouve tout sinipUMuent que, ce jour- là, notre bailli n'était pas vêtu à la mode de ses ancêtres !
— 11 eut tort, monsieur Starr!
— Je n'en disconviens pas, Jack ! »
L'attelage, après avoir gravi les abruptes rives du torrent, redescendit dans une vallée sans arbres, sans eaux, uniquement couverte d'une maigre bruyère. En certains endroits, quelques tas de pierres s'élevaient en pyramides.
" Ce sont des cairns, dit James Starr. Chaque passant, autrefois, devait y apporter une pierre, ]wnv honorer le héros couché sous ces tombes. De là est
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Simoa Fonl, saisissant Madge, l'avait entrainee ,Page 150.)
venu le liiclon gat'liqur : « .Malheui' à qui passe devant un cairn sans y déposer la « pierre du dernier salut ! n Si les fils avaient conservé la foi de leurs pères, ces amas de pierres seraient maintenant des collines. En vérité, dans cette contrée, tout contribue à développer cette poésie naturelle innée au cœur des montagnards! 11 en est ainsi de tous les pays de monlairne. L'imagination y est surexcitée par ces merveilles, et, si les Grecs eussent habité un pays de plaines, ils n'auraient jamais inventé la mythologie antique ! »
l'endant ces discours et bien d'autres, la voiture s'enfonçait dans les défilés d'une vallée étroite, qui eût été très-propice aux ébats des brawnics familiers ris la grande Meg Mérillies. Le petit lac d'Arklet fui laissé sur la gauche, et une
route à pente raide se présenta, qui conduisait à l'auberge de Stronachlacar, sur la rive du lac Katrine.
Là, au musoir d'une légère estacade, se balançait unpetit steam-boat,qui portait naturellement le nom de Rob-Iioi/. Les voyageurs s'y embarquèrent aussitôt: il allait partir.
Le lac Katrine ne mesure que dix milles de longueur, sur une largeur qui ne dépasse jamais deux milles. Les premières collines du littoral sont encore empreintes d'un grand caractère.
« Voilà donc ce lac, s'écria James Starr, que Ton ajustement comparé à une longue anguille ! On affirme qu'il ne gèle jamais. Je n'en sais rien, mais ce qu'il ne faut point oublier, c'est qu'il a servi de théâtre aux exploits de la Dame du lac. Je suis certain que, si notre ami Jack regardait bien, il verrai! glisser encore à sa surface l'ombre légère de la belle Hélène Douglas !
— Certainement, monsieur Starr, répondit Jack Ryan, et pourquoi ne la verrais-je point? Pourquoi cette jolie femme ne serait-elle pas aussi visible sur les eaux du lac Katrine, que le sont les lutins de la houillère sur les eaux du lac Malcolm ? »
En cet instant, les sons clairs d'une cornemuse se firent entendre à l'arrière dii Roli-Iioy.
Là, un Highlander en costume national préludait, sur son « bag-pipe » à trois bourdons, dont le plus gros sonnait le sol, le second le si, et le plus petit l'octave du gros. Quant au chalumeau, percé de huit trous, il donnait une gamme de sol majeur dont le fa était naturel.
Le refrain du Highlaiuler était un chant simple, doux et naïf. On peut croire, véritablement, que ces mélodies nationales n'ont été composées par personne, qu'elles sont un mélange naturel du souf'tle de la brise, du murmuredes eaux, du bruissement des feuilles. La forme du refrain, qui revenait à intervalles réguliers, était bizarre. Sa phrase se composait de trois mesures à deux temps, et d'une mesure à trois temps, finissant sur le temps faible. Contrairement aux chants de la vieille époque, il était en maj(nir, et l'on eiit pu l'écrire comme suit, dans ce langage chiffré qui donne, non les notes, mais les intervalles des tons :
5 I l!l I 3%ïl I 1^705 I ^2i~2-2 I 1^ I 35 ^> j l77(i5 I liril
Un homme véritablement heureux alors, ce fut Jack Ryan. Ce chant des lacs d'Ecosse, il le savait. Aussi, pendant que le Highlander l'accompagnait sur sa