TROISIÈME PARTIE
» cune -commande de l'Etat ne pourrait être donnée » par le gouvernement à des patrons ne payant . pas » des salaires raisonnables (fair wages) : il faut donc. » protéger ces salaires. Les deux font partie de notre » programme de protection de l'industrie nationale.
» Où serait la logique, si les étrangers auxquels » nous voulons refuser aujourd'hui rentrée du terri- » toire anglais pouvaient, restant à Hambourg ou en » Pologne, fabriquer des produits dont ils inonderaient » ensuite notre marché » (*)?
En adoptant avec éclat, comme conforme à ses idées et à son programme, le projet du gouvernement, en cherchant à lui imprimer son empreinte personnelle, M. Chamberlain prêtait au ministère un appui compromettant et plaçait M. Balfour dans un cruel embarras, ramenant à fausser la discussion, à la placer sur un terrain scabreux qu'il avait toujours eu soin d'éviter.
« La question est posée nettement, remarquait mali- » cieusement M. Emmot; le secrétaire d'Etat des colo- » nies (Chamberlain) vient de faire sortir le chat du » sac (he has let the cat out of the Lag) ! » (2) et l'Opposition sommait le gouvernement de faire à la chambre des déclarations catégoriques à ce sujet.
« Le Bill est-il protectionniste ou ne l'est-il pas? » demandait sir Charles Dilke (3) et lord Edmond Fitzmaurice, soulignant l'attitude hésitante du premier ministre qui aurait voulu ménager tout le monde, lançait à M. Balfour cette pointe :
(') Paiiiamentary debates, vol. 145, p. 763 et suiv. (a) Parliamentary debates, vol. 145, p. 767. (3) Parliamentary debates, vol. 145, p. 837.
LE REMÈDE
« Vous avez deux chevaux en présence. Dites-nous » lequel vous enfourchez, car, en vérité, vous ne pou- >• vez pas les monter tous les deux à la fois! » (')
Les membres de l'Opposition, comme le disait avec esprit M. Akers Douglas, « ne cessaient de jeter la » mouche sur les bancs ministériels pour voir si enfin » le poisson se montrerait ! (Member opposite kept » casting flies over the ministerial benches to see if » the Qsh would rise) ».
Contraint et forcé, M. Balfour finit par apporter à la tribune les déclarations attendues. Il se défendait corps et àme de faire du protectionnisme et reniait toute solidarité avec le programme Chamberlain :
« C'est une pure injustice que de dénoncer notre » bill comme inspiré par les théories de protection » (our bill has been most injustly denounced as a pro- » tective bill)! Son seul but est de porter remède à » certains maux bien définis dont souffrent grave- » ment TEast End de Londres et d'autres régions du » pays » (*).
Et le premier lord du Trésor ajoutait :
« Les forces d'argumentation de notre bill sont des » forces de nature politique » (3).
Devant le Comité de la Chambre, M. Balfour revendiquait encore pour le bill un caractère exclusivement politique, entièrement distinct de toute idée protectionniste :
. « Je ne permettrai pas que Ton déplace la question.
(») EocL loc. cit., p. 850.
(2) Parliamentary debates, vol. 149, p. 136.
(3) Parliamentary debates, vol. 145, p. 794.