DEUXIÈME PARTIE
dans les vingt-neuf ports du Royaume-Uni où fonctionne le service des Douanes (').
Toutefois, pour cinq d'entre eux (Douvres, Folkestone, Harwich, Newhaven et Southampton), qui étaient des ports de la Manche, on a préféré restreindre ces mesures de surveillance afin de contrarier le moins possible le transit européen. Ce ne sont d'ailleurs pas là des centres d'immigration comme Londres, Hull ou Grimsby.
D'après le régime spécial à ces cinq ports, les listes ne comprennent que les passagers d'entrepont (deckpassengers) et ceux qui, après leur débarquement, continuent leur voyage par train, en troisième classe (persons who after landing proceed by train as third class passengers) (*).
Ces listes d'immigrants ont été jusqu'ici la source principale alimentant les statistiques officielles du Board of Trade. Or, elles n'ont pour garantie de leur exactitude que la bonne foi des voyageurs ou des représentants des compagnies. C'est peu !
Les agents des Douanes, en présence d'une impossibilité de contrôle à peu près absolue, en sont réduits à accepter telles quelles les déclarations qui leur sont faites, déclarations recueillies au départ ou en route
(*) Ces 29 porls sont: Aberdeen, Belfast, Blyth, Bristol, CardifF, Douvres, Dublin, Folkestone, Glasgow, Goole, Grangemouth, Granton, Greenock, Grimsby, Harwich, Hull, Kirckaldy, Leith, Liverpool, Londres, Middlesbrough, Newcastle, Newhaven, Newport, North-Shields, South-Shields, Southampton, Sunderland* West-Hartlepool.
(2) C'est ainsi que les personnes voyageant de Paris à Londres ne figureront sur ces listes que si elles ont des billets de troisième classe.
LE MAL
par les commissaires du bord, suivant la conscience de chacun, au petit bonheur, la sanction édictée par l'article 2 de l'Act de 1836 étant inapplicable et demeurant pratiquement lettre morte.
M. Llewellyn Smith, contrôleur général du service statistique au Board of Trade, reconnaît lui-même la faiblesse de ce qu'il appelle « prima facie observations », des observations faites à première vue (!).
Mais, alors même que le Board of Trade arriverait à connaître d'une manière suffisamment exacte le nombre des immigrants, c'est-à-dire des personnes débarquant en Angleterre, une partie de sa tâche seule — la moins importante — serait accomplie. L'intérêt pour les Anglais n'est pas tellement de savoir qui entre chez eux que de savoir qui y reste. Or, la plupart de ces immigrants ne viennent pas pour s'établir dans le pays : ce sont de simples transmigrants qui traversent d'un port à l'autre, en route pour l'Amérique ou pour des régions lointaines, où ils vont chercher des cieux plus cléments.
L'Angleterre a monopolisé à son profit le fret de l'univers et ce privilège économique qu'elle a su conquérir a fait d'elle fatalement un chemin, un passage vers le Nouveau-Monde et comme le canal naturel des émigrants d'Europe.
« L'Angleterre, dit M. Arnold White, est un tuyau de » conduite (a conduit-pipe) qui mène à l'Amérique et à » l'Afrique du Sud ».
C'est pourquoi tout l'effort des statisticiens anglais
(*) Voir sa déposition lors de l'enquête de la commission royale d'immigration ; Minutes of Evidence, §§ 1-328.