‹ Les indésirablesChapitre 131 sur 151 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

ment atteintes par la nouvelle loi, vont s'organiser plus efficacement pour s'exposer le moins possible aux sévères pénalités de l'Aliens' Act. Elles écarteront, sans hésiter, tous les émigrants douteux, tous ceux qui pourraient devenir pour elles, après refus en Amérique ou en Angleterre, un déchet fort embarrassant, un laisser pour compte onéreux qu'il faudrait liquider à grands frais !

Autre conséquence, prévue par le major Evans Gordon : les individus, presque tous Russes et Polonais, refusés à l'embarquement, en nombre croissant, à mesure que les Compagnies se montrent plus difficiles, vont encombrer les ports allemands. Les autorités prussiennes de la frontière russe et polonaise recevront des instructions strictes pour s'opposer à l'entrée de tous ceux qui ne justifieraient pas clairement de leurs moyens d'existence ('). Ainsi, tout naturellement, par un contre-coup certain de l'Aliens' Act, le mouvement d'émigration russe sera combattu à sa source même et la route transgermanique lui sera de plus en plus fermée.

La loi de 1905, envisagée à ce point de vue, aurait donc les meilleurs résultats, en écartant les émigrants au départ même; c'est le « deterring effect » tant prôné par les promoteurs de la réforme. Et il est à remarquer que les Compagnies qui déversent annuellement en Angleterre ces masses d'immigrants sont allemandes, hollandaises ou russes.

(<) Acluellement la police allemande s'assure, à l'entrée sur le territoire de l'Empire, que chaque émigrant russe possède un minimum de 300 marks, s'il s'agit d'un adulte et de 150 marks s'il s'agit d'un individu âgé de moins de 12 ans.

CONCLUSION

C'est donc V étranger qui paiera l'organisation nécessaire à ce premier filtrage; mais les dépenses nouvelles ainsi occasionnées pourront, tout au moins en partie, être récupérées par une augmentation progressive du prix des transports.

Cette première conséquence : détourner les Indésirables des côtes d'Angleterre, paraît devoir être sensible, bien qu'indirecte. La loi aura-t-elle une action aussi efficace en ce qui concerne son but immédiat : le contrôle à l'entrée du territoire, lors du débarquement de l'immigrant?

Il faut bien reconnaître que la simple application de l'Aliens' Act se présente comme hérissée de difficultés. Nous dirons même que la seule, la vraie difficulté consiste dans la mise en œuvre de la loi, dans son adaptation à la pratique.

C'est l'occasion de répéter ce que l'on entend dire si souvent en France de l'impôt projeté sur le revenu. Si une pareille loi est appliquée dans un esprit trop absolu, elle donnera lieu inévitablement à toutes sortes de vexations et de tracasseries administratives; elle deviendra vite insupportable et soulèvera contre elle le courant irrésistible de l'opinion publique. Si, au contraire, l'administration ferme les yeux sur les fausses déclarations, se montre indulgente et tolérante ce sera à ses dépens; elle encouragera les fraudes, facilitera les occasions d'éluder la loi. L'appareil fiscal tant redouté ne sera bientôt qu'un épouvantail n'effrayant plus personne et ne donnant nullement les résultats attendus.

Ce dilemme trouve sa place ici ! '

« L'Aliens' Act, disait lord Hugh Cecil, peut être

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