‹ Les indésirablesChapitre 138 sur 151 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

pas à atténuer celui-là — car il caractérise une tendance fâcheuse de l'opinion anglaise, tendance qui a *u s'imposer au législateur.

L'Aliens1 Act, malgré le soin qu'il apporte à cataloguer tous les cas (Xindésirabilité, passe sous silence les indésirables les plus dangereux : les anarchistes.

Quand nous aurons établi que ce mutisme ne résulte pas d'un oubli, mais qu'il est volontaire, qu'il correspond à une combinaison d'un machiavélisme diabolique, adoptée par l'Angleterre dans son intérêt personnel, nous aurons amplement justifié les reproches si souvent adressés à une politique inexcusable, faite uniquement d'égoïsme et de duplicité'.

On sait que la législation anglaise réglementant l'admission des étrangers, s'est directement inspirée de celle des Etats Unis. Voyons donc — nous y trouverons un enseignement utile — quelle fut en Amérique l'évolution de l'opinion et de la loi à l'égard des « chevaliers de la bomba » qu'on y désigne plus vulgairement sous le nom caractéristique de « dijnamitards ».

Les nombreux statuts réglementant l'immigrationqui s'échelonnent sur la période 1875 à 1894 ne visent en rien les anarchistes; la loi américaine concentre alors ses rigueurs sur les polygames, les épileptiqnes ou les fous; elle ignore ou feint d'ignorer les maniaques beaucoup plus redoutables de la propagande par le fait.

Cependant, l'immigration venant d'Europe, tel un torrent bourbeux, déversait chaque année dans le Nouveau-Monde les rebuts de l'humanité. Les principaux centres des États-Unis, New-York, Chicago, Bos-

CONCLUSION

ton ou Philadelphie ne tardèrent pas à devenir de véritables repaires d'anarchistes dont la surveillance était rendue impossible au milieu de la population mélangée de ces immenses cités.

Gaëtano Bresci, qui assassina en 1900 le roi Humbert, avait habité longtemps les États-Unis où il s'était affilié aux clubs révolutionnaires : c'est sous leur influence, sinon sur leurs ordres, qu'il accomplit son forfait.

Ni le meurtre du président Carnot, ni l'odieux attentat de Lucheni qui poignardait à Genève, victime innocente, l'impératrice Elizabeth, ni l'assassinat du roi d'Italie, ne parvinrent à émouvoir la sereine indifférence du parlement américain. Bien que restreignant sans cesse, par des statuts nouveaux, l'admission des étrangers, les Etats-Unis continuèrent à recueillir chez eux les « dynamitards » !

Figé dans son égoïsme, confiant dans sa propre sécurité, à l'abri de l'asile accordé, considérant volontiers les théories nihilistes comme un malaise social propre à l'organisme vieilli et décadent de l'ancien monde, l'Oncle Sam se croyait, lui, sûr d'une immunité complète.

Cruelle devait être sa déception !

Au mois d'octobre 1901, le président Mac Kinley tombait sous les balles de Czolcoszî Ce fut une stupeur générale !

« Lorsque, dans sa boîte de thon, » Uanarcho met sa poudre verte, » Vraiment, cela me déconcerte ! »

a dit François Coppée.

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