‹ Les indésirablesChapitre 139 sur 151 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

A l'effarement du premier instant succéda bien vite un sentiment de colère contre ces ingrats qui méconnaissaient ainsi les règles de l'hospitalité et que Ton aurait continué d'ignorer s'ils avaient eu la sagesse de porter leurs exploits chez les autres.

Du coup, les anarchistes furent classés dans la loi au premier rang des indésirables !

L'Act du 3 mars 1903 interdit désormais l'accès des Etats-Unis à « toute personne qui est systématiquement opposée aux gouvernements organisés, à tous ceux faisant partie, comme membres ou affiliés, des associations entretenant ou enseignant de semblables théories, à toute personne qui prêche et enseigne le devoir, la nécessité ou l'utilité d'attenter à la vie des officiers et fonctionnaires, que les personnes menacées soientindivicluellement désignées, ou qu'il s'agisse dans son ensemble, du corps de fonctionnaires des Etats-Unis ou des autorités constituées des autres gouvernements organisés, du moment qu'elles sont visées en raison de leur caractère officiel » (*).

Ainsi la loi des Etats-Unis, après avoir pendant si longtemps témoigné une inconcevable faiblesse envers

(l) Etant donné l'importance de cette définition, nous croyons intéressant de reproduire le texte même de TAct :

« The expression anarchist means : any person who disbelieves in or who is opposed lo ail organised governments, or who is a member of or affiliated with any organisation entertaining and teaching such disbelief in or opposition of ail organised governments, or whoadvocates or leaches the duty,necessity,or propriety of the unlawful assaulting or killing of any officer or officers, either of spécifie individuals or of officers generally of the United- Stales, or of any other organised government, because of his or Iheir officiai character ».

CONCLUSION

les anarchistes et considéré leurs révoltes comme constituant tout au plus des délits d'opinion, s'est vue, par la force des choses, obligée d'user de rigueur à leur égard et de les traiter comme des criminels de droit commun.

L'Amérique du Nord leur étant fermée, il restait aux émules de Ravachol un pays d'entrée libre : l'Angleterre !

Durant tout le cours du xixe siècle, la grande nation libérale mit son honneur à devenir pour les persécutés politiques de tous les pays une seconde patrie ; plutôt que de restreindre ce droit d'asile reconnu à tous les tyrannisés de l'Europe continentale, les Communes renversèrent Palmerston, mais les réfugiés changèrent peu à peu de mine ! A Kossuth, à Mazzini, succédèrent s disciples de Bakounine ; aux ennemis de l'absolutisme méditant de donner à leur pays l'indépendance, succédèrent les adversaires de la société actuelle qui n'attendent son bouleversement que de la bombe.

Jadis Londres pouvait n'être qu'une étape pour les « oiseaux de passage » en route pour l'Amérique ; cette terre leur est interdite depuis l'assassinat de Mac- Kinley. La seule patrie de tous ces sans-patrie est dorx maintenant sur les bords de la Tamise.

D'après l'Evening Standard, ils ne forment pas moins de dix clubs dont l'un compte avec orgueil mille adeptes; le 1er mai, leur colonne imposante, sur laquelle flotte le drapeau noir, éclipse les escouades socialistes.

En face de ces hôtes dangereux, les autorités anglaises sont entièrement désarmées, car ce n'est pas une arme que la loi de 1861 d'après laquelle :

Page 1