QUATRIÈME PARTIE
(( Tout individu qui par des sollicitations, des encou- » ragements ou des propositions, aura poussé une » personne à commettre un crime, sera passible d'une » peine d'emprisonnement qui ne dépassera pas dix » ans ».
D'abord, ce texte n'est pas appliqué (!). De plus, il est insuffisant : c'est par des armes spéciales seulement qu'on peut contrecarrer l'action anarchiste internationale.
L'expérience américaine devait donc s'imposer à l'Angleterre comme une leçon profitable à suivre et la décider à se ranger à son tour aux côtés des puissances continentales dans la croisade entreprise contre l'anarchie.
L'Act de 1903 allait, semble-t-il, inspirer nécessairement le Parlement anglais alors sur le point d'élaborer l'Aliens' Act.
L'influence des idées anti-anarchistes qui venaient de se faire jour en Amérique, se fit très certainement sentir au début sur la rédaction du premier Aliens1 Bill.
Dans les deux parties de sa cédule énumérative, relatives l'une aux cas d'exclusion, l'autre à ceux d'expulsion, le projet du 29 mars 1904 rangeait parmi les indésirables tout individu « de réputation notoirement mauvaise » (Persons of notoriously bad character).
Sans aucun doute, ce texte général visait, en tête
(') Il le fut une fois, en 1881. Un certain Johann Most, directeur d'une feuille libertaire, qui avait approuvé l'assassinat du czar Alexandre II, fut condamné à seize mois de prison.
CONCLUSION
de tous, les anarchistes et il aurait suffi pour les faire tomber sous le coup de l'interdiction du territoire britannique; l'anarchiste ne réalisait-il pas aussi pleinement que possible ce « bad character » dont parlait le Bill ?
Le projet ainsi rédigé n'avait qu'un tort; il ne possédait pas, comme l'Act américain, le mérite de la franchise. 11 agissait par « équivalence » et n'inscrivait pas dans la loi, en toutes lettres, avec les autres indésirables : Yanarchiite.
Pour employer une expression populaire, nous dirons que l'Aliens' Bill de 1904 cherchait à « ménager la chèvre et le chou » I
Le parti libéral, lors de la discussion aux Communes, sut tirer avantage de ce manque de netteté. Beaucoup parmi les libéraux qui n'auraient jamais osé prendre ouvertement la défense des anarchistes, si le mot avait été dans la loi, s'opposèrent de toutes leurs forces à l'adoption de ce paragraphe, en raison même de son imprécision.
Une formule aussi vague allait, disait-on, permettre les interprétations les plus diverses et les plus arbitraires, autoriser l'extension indéfinie de la loi ! Pouvait-on, en vraie justice, décerner un brevet d'indésirabilité avec ce seul élément d'appréciation si relatif, si incertain, tout d'apparences, qu'est la réputation d'un homme? Mais on fabrique des réputations, on les ternit aussi par des allégations mensongères !
Voulait-on inaugurer un système de fiches et d'espionnage ? L'opinion du peuple anglais ne le tolérerait pas un instant !
Les grands pontifes du droit d'asile absolu sortirent