‹ Les indésirablesChapitre 14 sur 151 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

catégories de voyageurs incomberait aux compagnies qui possédaient d'ailleurs, mieux que lui-même, les moyens de l'effectuer en connaissance de cause et avec de plus grandes chances d'exactitude.

Dans l'alternative de n'avoir aucun renseignement, ou de s'en remettre à la bonne foi des compagnies, le Board of Trade choisit ce dernier parti.

Pouvait-il faire autrement?

Les résultats obtenus par ce système bâtard ont été médiocres.

M. Llewellyn Smith a expliqué, devant la Commission d'enquête sur l'immigration, qu'à partir de cette époque, les statistiques ont été établies d'après cette distinction entre les deux catégories de passagers. D'une part, pour les personnes désignées comme étant « en route », de simples chiffres correspondant aux totaux; d'autre part, pour les personnes non désignées comme « en route », des renseignements plus détaillés.

Or, les compagnies de navigation ont la tentation très grande de simplifier leur besogne, de s'éviter des écritures, en appliquant l'étiquette « en route » au plus grand nombre d'immigrants possible : elles n'ont ainsi qu'un total à fournir, au lieu de renseignements individuels sur chaque passager : c'est une prime à la fraude.

Les chiffres fournis par elles relativement aux immigrants proprement dits sont donc d'une sincérité très douteuse. Le Board of Trade en convient sans peine !

Le dialogue suivant entre M. Llewellyn Smith et Lord James de Heresford, président, au cours d'une

LE MAL

des séances de la Commission royale sur l'immigration, nous paraît édifiant :

« D. Vous ne contrôlez jamais les billets des voya- » geurs indiqués comme étant en route?

« R. D'une façon générale, non : nous supposons » que le capitaine du navire les a vérifiés et nous nous » bornons à enregistrer ses déclarations. Je reconnais » qu'il y a là une marge d'erreurs.

» D. En effet, vous êtes entièrement à la merci du » capitaine !

» R. Oui » (*).

A la vérité, dans la mesure de ses moyens, le Board of Trade a fait ce qu'il a pu pour s'assurer de l'exactitude des listes dressées par les Compagnies. Des inspecteurs spéciaux ont pour mission d'aborder les navires et de dénombrer eux-mêmes les passagers par catégories; leurs rapports sont envoyés directement à l'Administration et comparés ultérieurement avec ceux fournis par les capitaines. Mais ce contrôle (checking) paraîtra bien anodin si l'on pense que seulement un bateau sur dix est ainsi inspecté.

A Lord James de Heresford qui lui faisait remarquer que dans neuf cas sur dix le navire pouvait passer en esquivant la visite de ses agents, M. Llewellyn Smith, qui a confiance dans son étoile, répondait :

« Nous avons en notre faveur la logique de la » chance (?) qu'il faut bien prendre en considéra- » tion ! » (*).

(1) Royal commission on alien immigration, Minutes of Evidence, §221.

(2) Loc. cit., Minutes of Evidence, § 162.

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