QUATRIÈME PARTIE
nous tranquilles réciproquement! » John Bull a donné à entendre aux anarchistes qu'il fermerait les yeux sur leurs faits et gestes, tant qu'ils se contenteraient de fabriquer leurs bombes chez lui sans les y faire éclater. D'autre part, le « rat » anarchiste a compris que ce serait suprême maladresse de boucher luimême le trou qui lui était réservé en terre anglaise et qui lui permettait d'échapper au chat-gendarme, en se sauvant de l'autre côté du détroit.
Il nous semble superflu d'insister sur l'immoralité d'un pareil pacte, sur l'acte de trahison internationale qui en résulte. L'égoïste Albion nous répondrait que la politique et la morale font deux et que tout dépend du point de vue auquel on se place. L'intention purifie l'action, n'est-ce pas? et, après tout : « Honni soit qui mal y pense ! »
On était en droit d'espérer que l'abominable attentat de Yintellectuel Morales, qui faillit, à Madrid, coûter la vie à la reine d'Espagne, princesse anglaise, ferait revenir l'Angleterre sur son entêtement, que, par mesure de représailles, en application de la fameuse doctrine de « retaliation », les « compagnons » seraient en masse jetés hors de Londres et une addition à l'Aliens' Act, impliquant les anarchistes, proposée au Parlement et votée sans discussion.
Il faut en prendre son parti ! Les libéraux que les élections dernières ont placés au gouvernail paraissent plus que jamais disposés à persévérer dans leurs errements. En quoi l'attentat de Madrid peut-il toucher l'Angleterre? Madrid est en Espagne et la princesse Maud de Battenberg est devenue, de par son alliance royale, une souveraine étrangère!
CONCLUSION
Interpellé, quelques jours après V attentat, par Sir W. Evans Gordon, sur les mesures qu'il se proposait de prendre contre les anarchistes de Londres ('), le secrétaire du Home-Office déclarait :
« L'Aliens1 Act ne contient aucune disposition » excluant les anarchistes comme tels. D'ailleurs la » question du « refuge politique » ne peut être soule- » vée que dans le cas où l'immigrant ne possède pas » de moyens d'existence et, même en pareil cas, la
(*) Communes, séance du 14 juin 1906. — A la suite de la bombe de Madrid, la police française fit prendre des arrêtés d'expulsion contre un certain nombre d'anarchistes connus d'elle. Une trentaine de ces derniers passa la Manche ; les autorités françaises en avisèrent la police anglaise, mais les individus en question furent admis sans encombre à Newhaven, en se présentant comme des réfugiés politiques. Tels sont les faits qui motivèrent l'interpellation Evans Gordon : ils éclairent d'un jour singulier la réponse du ministre !
Le 25 juin suivant, Sir W. Evans Gordon, revenant à la charge, apportait à la tribune de la Chambre des traductions de journaux anarchistes, imprimés en hébreu et colportés dans les faubourgs de l'East End, élevant aux nues l'assassin de Madrid, qualifiant son acte, non pas de criminel, mais de désintéressé, vantant « le beau geste » d'un homme qui sacrifiait sa vie dans l'intérêt de l'humanité et exprimant des regrets que le but de l'attentat, la mort du roi et de la reine d'Espagne, n'eût pas été atteint.
« Je viens demander au ministre responsable, disait Sir Evans » Gordon, ce qu'il compte faire en présence d'un pareil défi? Quelles » sanctions vont être prises contre Fauteur et l'imprimeur de cet » article? »
A celte question bien nette, M. Gladstone, secrétaire du Home- Office, faisait cette réponse stupéfiante : « J'ai lu les traductions de » l'article auquel vous faites allusion. Il est bien évident que Topi- » nion qui y est émise est grandement blâmable (the sentiments » expressed are highly objectionable) ; mais d'après l'enquête que » j'ai fait faire, il ne serait pas opportun d'ordonner des poursuites » (it would not be expédient to take proceedings) ! »