QUATRIÈME PARTIE
» Mon provincial arrive dans un hôtel du West- » End, est reçu par un caissier français, introduit » dans Fasce#nseur par un groom allemand, pendant » qu'un suisse l'accompagne à sa chambre en lui por- » tant ses bagages. Il commande son dîner à un » « maître d'hôtel » finançais, est servi par un garçon » allemand et la cuisine est faite par un chef français. » Après quoi il monte dans un auto conduit par un » chauffeur français et se rend à l'Opéra italien.
» Là il entend un orchestre italien et, parmi les » musiciens, le seul qui ait une apparence d'anglais » est celui qui joue... du triangle ! L'opéra est chanté » en entier par des Italiens ou des artistes étrangers. » Après le théâtre, il va souper dans un restaurant » italien, puis, allumant une cigarette turque, il s'ache- » mine de nouveau chez lui.
» Chemin faisant, il est accosté dans une rue par » une courtisane française, dans une autre par une » demi-mondaine autrichienne et ensuite par unepros- » tituée allemande ».
Et M. Hutchinson ajoutait:
« Il n'y a pas un seul de ces individus qui se trou- » verait exclu par votre Bill... à l'exception peut-être » des dernières personnes dont je viens de parler et, » pour celles-là, du moins, il vous serait difficile de » prétendre que vous voulez protéger le travail anglais, » en leur interdisant l'accès du pays.
» A la vérité, l'étranger est un rouage indispensable » à notre vie si complexe ; il constitue un tonifiant » pour notre organisme social qui peu à peu s'étiole- » rait sans lui » (').
(') Parliamentary debates, vol. 148, p. 864 et s.
CONCLUSION
Nous reconnaissons volontiers la part active que peut prendre l'élément étranger à la prospérité matérielle ou à l'essor intellectuel d'un peuple, mais il faut d'autre part admettre que, dans ce grave problème de l'admission des étrangers, tout se ramène à une question de dosage et de qualité.
Ce qui constitue un fortifiant pris par quantités raisonnables peut, si la dose est trop forte, devenir un poison.
C'est cette question de proportions qu'un pays ne doit pas perdre de vue, s'il a souci de conserver intact son caractère national, l'unité de sa race, la pureté de son sang, secrets de sa cohésion et de sa force ; sinon, il sera fatalement envahi par le flot étranger, graduellement absorbé, déformé par la présence d'individualités venues du dehors, individualités souvent plus vigoureuses, plus vivaces, plus endurcies, semblables à ces graines sauvages apportées d'on ne sait où, tombées au hasard des vents, qui poussent et se multiplient à Tinfini, se faisant place tout autour d'elles, puis étouffant sous leur végétation broussailleuse et serrée les colosses centenaires, enfants de la forêt grandis là lentement sur le sol natal, nourris de cette même terre qui nourrissait déjà, il y a des siècles, la souche dont ils sont issus.
L'Angleterre — c'est la prévoyante sagesse de sa politique — a su réagir à temps; elle n'a pas attendu qu'elle fût submergée par les éléments cosmopolites accourus chez elle des quatre coins du monde. Suivant le recensement de 1901, sa population de plus de 41.000.000 d'habitants comptait seulement 286.000 étrangers, soit une proportion d'environ 0,69 p. 100 :