‹ Les indésirablesChapitre 26 sur 151 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

niser les départs et les faciliter en trouvant au dehors des débouchés et des emplois pour tous ces hommes condamnés chez eux à une inaction stérile.

D'après les rapports du consulat général d'Angleterre à Galatz, 31.615 israélites roumains auraient ainsi émigré en 1900, 1901 et 1902. La plupart d'entre eux se sont dirigés sur les Etats-Unis (24.000) ou sur le Canada (2.500), d'autres (3.000) sur Paris et Londres (!).

Force attractive.

Il a pu se produire, de temps à autre, sur le marché anglais de la main-d'œuvre des demandes plus abondantes amenant conséquemment une hausse des salaires et attirant vers l'Angleterre des ouvriers étrangers ; mais ce phénomène occasionnel n'aurait pu qu'affecter certaines industries déterminées et produire ainsi des courants temporaires et sans continuité.

Ce n'est pas là que nous devons chercher les raisons locales du mouvement d'immigration actuel de l'élément juif; les causes en sont plus artificielles que réellement économiques.

La vérité est que chaque étranger arrivé nouvellement dans un pays a, s'il trouve un emploi convenable, la tentation irrésistible d'y faire venir les siens : familles ou amis demeurés dans la ville natale. La comparaison de la boule de neige rendrait exactement notre pensée.

« C'est une attraction naturelle, et comme une » influence magnétique, qui se dégage de ces déplace-

(l) Minutes of Evidence, § 12653.

LE MAL

» ments humains, dit M. Arnold White (!), et cette force » d'attraction augmente avec le nombre des immi- » grants, tend à se développer sans cesse en sui- » vani une progression. Le magnétisme exercé par » 100 familles sera plus de deux fois celui de 50 famil- » les » (s).

L'Alderman J. L. Sylver, du conseil municipal de Stepney , qui habite depuis 25 ans Y East End de Londres, confirme cette opinion :

« Il faut admettre que chaque immigrant est en lui- » même un centre d'attraction pour tous ceux qu'il a » laissés dans le pays d'où il vient; sa femme, ses » frères et sœurs, son père et parfois même son grand- » père, tous ceux le touchant de près, finiront fatale- » ment par le rejoindre dans un temps plus ou moins » long » (3).

M. Isaac Lyons, ouvrier de Stepney, interrogé devant la Commission royale, déclare que, d'après ses observations personnelles, c'est la correspondance échangée qui attire le plus d'étrangers en Angleterre.

« D'après la loi russe, dit-il, si un jeune homme » appelé sous les drapeaux passe la frontière, son père » est obligé de payer une certaine taxe pour indemniser l'Etat de l'absence de son fils. La plupart de ces » déserteurs n'ont qu'un souci, en arrivant à Londres, » c'est de mettre un peu d'argent de côté et de l'envoyer » « au père » pour l'aider à payer l'amende. Mais ces

t1) M. Arnold White est un sociologue distingué qui a étudié à fond Timmigration juive en Angleterre. Il est l'auteur d'un ouvrage publié en 1886 sur cette question (Thé problems of a great city).

(2) Minutes of Evidence, §§ 991, 994.

(3) Minutes of Evidence, § 2753.

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