‹ Les indésirablesChapitre 27 sur 151 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

» lettres contenant de l'argent ne passent pas inaper- » eues, on en parle « au pays », et les imaginations » vont leur train; les frères cadets n'ont qu'un désir : » suivre l'exemple de leur aîné !

» Si un de ces fugitifs parvient à monter un com- » merce, il s'empresse d'appeler à lui toute sa famille. » Je pourrais citer plusieurs maisons de FEastEndoù » tous les employés sont frères ou parents proches du » patron » (!).

Les nouveaux venus écrivent à leurs amis, à leurs proches restés en Russie ou en Pologne pour leur dire quel accueil cordial ils ont reçu du Jewish Board of Guardians qui les fait chercher au débarcadère à Londres et conduire au Refuge, jusqu'à ce que le Jewish Dispersion Committee leur ait trouvé un emploi.

Beaucoup de ceux qui, en principe, sont de simples transmigrants à destination de l'Amérique, restent quelques semaines à Londres pour visiter des parents ou des amis. Pendant ce temps, ils doivent, pour vivre, s'adresser aux sociétés charitables ou chercher du travail : s'ils ont trouvé à s'occuper, ils hésitent, le moment venu, « à lâcher la proie pour l'ombre », à abandonner le certain pour l'incertain, d'autant plus que, dans TEast End, ils se trouvent chez eux en pays conquis (').

(*) Lyons, Minutes of Evidence, § 3283.

(2) « Les israélites russes, polonais, allemands et roumains persé- » culés dans leur religion toujours et souvent dans leurs tendances » sociales réalisèrent, en très grand nombre, leur modeste mobilier » et s'engagèrent sur « le chemin de l'Ouest». Si New-York et^Amé- » rique du Nord tentaient surtout ces malheureux, le voyage était » long; beaucoup, désirant le fractionner par une ou deux étapes,

LE MAL

De leur côté, les agents de voyages qui ont encaissé à l'avance la totalité du prix du trajet entre Hambourg et New-York, par exemple, cherchent à persuader aux habitants de ne pas risquer un tel déplacement, puisque leur admission en Amérique n'est rien moins que certaine. Ils ont facilement gain de cause et empochent alors le prix de la traversée de Liverpool à New-York qui leur a été envoyé par l'agent de Russie.

Une autre force attractive, en dehors de ce magnétisme individuel, résulte de l'admirable organisation de la charité subventionnée et administrée par les israélites riches de Londres.

L'or a été semé à poignées, et nous ne pouvons qu'admirer sans réserves le sentiment de solidarité qui a poussé vers leurs coréligionnaires pauvres les puissants financiers de la Cité.

Pour Londres seulement, fonctionnent 64 institutions charitables (metropolitan charities) ayant un budget collectif annuel de 116.509 & (2.912.725 fr.), grossi par le legs de la baronne Hirsch qui, en mou-

» gagnèrent d'abord un des ports d'Angleterre : Londres offrit une » hospitalité momentanée aux émigrants « en route ». Mais, comme » on respirait à son aise sur la terre classique du libéralisme, comme » on pouvait s'y faire une place parmi les travailleurs, comme on y » retrouvait d'importantes colonies de coreligionnaires, et, enfin, » comme on conservait aussi l'espérance de retourner mourir sur la » terre natale, des milliers d'entre eux attendirent, dans le Royaume- » Uni, une circonstance favorable pour traverser l'Océan, puis s'y » fixèrent lentement. Ce qui n'avait été une destination que d'une » façon assez rare, devint bientôt le but de très nombreux efforts ». (André Sayous, FEntre-exploitation des classes populaires à Whitechapel, Mémoires et documents dn Musée social, 1902, p. 269).

Page 1