DEUXIÈME PARTIE
rant, a laissé & 120.000 (3.000.000 de fr.) pour les œuvres juives
Nous aurons l'occasion d'étudier deux de ces associations : le Jewish Board of Guardians et le Jewish Dispersion Committee, lorsque nous examinerons la condition des immigrants juifs à leur arrivée en Angleterre.
A côté de ces œuvres consacrées exclusivement à la charité, il s'est formé des groupements philanthropiques, ayant pour but de procurer aux juifs immigrés en Angleterre des emplois ou des facilités pour y établir des maisons de commerce ou des industries.
C'est ainsi que, dans l'une des dernières réunions des délégués représentant les Jewish Committees de Londres (5), il a été décidé :
« De faire des prêts, sur hypothèque de terrains ou autrement, à intérêts très modérés, à tous ceux disposés à construire des usines ou ateliers où les juifs seraient employés à des salaires dont le minimum serait convenu d'avance.
» D'accorder des prêts sans intérêts aux personnes agréées par le comité qui iraient établir une industrie dans telle ville de province désignée ».
Des sommes d'argent sont remises aux communautés de quartier pour les besoins ou travaux d'intérêt général, comme la construction de synagogues, d'écoles, etc.
En dehors de ces œuvres collectives, la charité
(') A. White, loc. cit., § 361.
(2) Séance du 13 mai 1902; le compte rendu des décisions prises se trouve dans le Times du 14 mai 1902.
LE MAL
individuelle s'exerce également de la manière la plus large.
La charité de lord Rothschild (') demeure proverbiale. Il suffit de lui écrire pour recevoir aussitôt un secours en argent !
M. Isaac Lyons, ouvrier en pantoufles (slippersmaker), dans son intéressante déposition devant la Commission royale (2), a insisté sur les dangers de cette charité aveugle qui souvent passe à côté du but et profite au mendiant sans vergogne, au détriment du vrai pauvre.
Il raconte qu'étant un jour à son travail, il vit entrer dans le magasin deux juifs polonais conversant en patois youddish; ils avaient en main une lettre qu'ils montrèrent à son patron. « La seule chose que » je compris, dit M. Lyons, ce fut un nom qui reve- » nait sans cesse : lord Rothschild ! lord Rothschild ! » Quand ils furent partis, j'interrogeai mon patron qui » me dit : « Ils écrivent à lord Rothschild; toute per- » sonne s'adressant à lui est certaine de recevoir » quelque chose. Pourquoi n'avez-vous pas encore » écrit vous-même? » « Il faut supposer que je n'en » ai pas eu besoin ! » « Bah ! puisqu'il suffit d'écrire... » cela est toujours bon à prendre! » (3).
La réputation de l'Angleterre est faite : aux yeux de beaucoup, c'est la terre promise ! Il est aisé de concevoir que ces espérances dorées, cette certitude d'être secourus puissent attirer de loin, comme un
(') Nathaniel Mayer, baron de Rothschild; il fut membre de la commission d'enquête sur l'immigration.
(2) Minutes of Evidence, §§ 3237-3355.
(') Minutes of Evidence, §§ 3338 et 3339.