DEUXIÈME PARTIE
Beaucoup de Napolitains sont coiffeurs ou cordonniers ; d'autres exploitent de petits métiers (fabricants de glaces à la crème, marchands de marrons, de pommes de terre bouillies (boiled potatoes).
L'autre type d'immigrant italien — nous ne le connaissons que trop en France — est ce mendiant hétéroclite, exerçant sa profession en famille..., avec ou sans musique, et qui infeste les rues de Londres. Armé d'un instrument à manivelle qui ne possède de musical que le nom, il jette à tous les vents, sur un air d'opérette, ses larmoyantes supplications.
Dès qu'il flaire un passant charitable, il lance à son assaut une marmaille dûment stylée, pendant que s'entrechoquent, dans sa lamentable mécanique, les notes cent fois répétées du Funiculi-funicula.
C'est 1' « Indésirable » par excellence !
d) Français.
La France fournit à l'Angleterre son contingent de chauffeurs d'automobiles. L'industrie automobile, chez nous si florissante, a créé un va-et-vient régulier entre les deux pays. L'Anglais qui achète sa voiture en France y prend aussi le mécanicien chargé de la conduire.
Signalons également les marchands d'oignons bretons, venant de Roscoff ou de Saint-Malo qui, pendant la belle saison, sillonnent l'Angleterre ; les statistiques les notent à l'entrée comme « passagers non en route », mais il faut remarquer, en ce qui les concerne, que leur séjour dure à peine quelques mois et qu'il serait inexact de les compter pour immigrants proprement
LE MAL
dits, car, chaque année, ils retournent en Bretagne, dès l'approche de l'hiver (l).
Faut-il classer parmi les immigrants les moines et les religieuses des congrégations chassées de France et qui ont trouvé un asile et un accueil si sympathique sur la vieille terre de la liberté? L'Angleterre nous a donné là une belle leçon de tolérance, leçon trop haute d'ailleurs pour l'entendement borné de certains sectaires, qui conçoivent l'idée de liberté tout au plus comme une formule électorale. N'en déplaise à M. Viviani, on n'a pas encore éteint les étoiles de l'autre côté du détroit î
e). Suédois et Norwégiens.
La Suède et la Norwège envoient en Angleterre leurs marins; ce sont elles qui complètent, dans une large mesure, les équipages des navires construits sur les chantiers anglais pour le compte des autres pays. Ici encore, il faut tenir compte de la brièveté du séjour de ces étrangers qui sont bien indiqués à L'entrée sur les listes du Board of Trade, mais sont omis à la sortie, car alors ils font partie des équipages et ne sont pas considérés comme émigrants.
Nous disions tout à l'heure que les forces attractives dont nous avons parlé étaient d'ordre économique et présentaient plutôt un caractère artificiel.
[}) On se rappelle le naufrage du vapeur Hilda, perdu corps et biens en vue de Saint-Malo, en novembre 1905, et dont la plupart des passagers étaient précisément des marchands d'oignons revenant d'Angleterre, via Southampton.