DEUXIEME PARTIE
vaillant 11 heures par jour, un ouvrier gagnerait 3 shillings (3 fr. 75).
Un témoin-ouvrier, interrogé par la commission d'enquête sur l'immigration, a déclaré qu'à un moment il gagnait à ce métier 14 shillings par semaine, sur lesquels il lui fallait déduire 7 sh. 6 pence de loyer : le reste devait suffire pour le faire vivre avec sa femme et ses cinq enfants!
Le même témoin ajoutait : « On m'a offert récem- » ment 1 shilling 9 pence pour finir une douzaine de » paires de chaussures! J'ai pourtant, depuis mon ar- » rivée en Angleterre, il y a vingt ans, constamment » travaillé dans cette industrie : je l'ai abandonnée, » parce que même en travaillant 1 8 heures par jour, » elle ne nourrit plus son homme ! Je suis maintenant » débardeur aux docks de Londres et, en travaillant » 12 heures à 6 pence, je gagne 6 shillings » (').
L'ouvrier est obligé de céder sa place à la machine qui, pour l'article de deuxième qualité, travaille plus vite et mieux : il en résulte une tendance à la diminution du « sweating » dans cette industrie.
En désespoir de cause les « greeners », sans connaissance et sans argent, et leurs exploiteurs se sont rabattus sur la fabrication des « pantoufles ».
Ces « slipper-makers » se disent les plus malheureux ouvriers que Ton puisse imaginer ! (*).
Les fournisseurs de chaussures pour l'armée ont, eux aussi, trouvé dans l'exploitation des immigrants une source facile de revenus. L'adjudicataire de la fourni-
(1) Minutes of Evidence, §§ 3622-3652.
(2) Jewish Chronicle, 12 juillet 1895 (Sweating evil, III).
LE MAL
ture, le « contractor » s'adresse à un « sub-contractor », qui traite lui-même avec un « sub-sub-contractor », c'est le sweating perfectionné à deux ou plusieurs degrés !
Des malheureux, travaillant régulièrement 14 et 16 heures par jour, gagnent 12 shillings par semaine !
Le sweating sévit plus encore dans l'industrie du vêtement, et, là aussi, les immigrants en sont les principales victimes. Le mal apparaît avec ces mêmes caractères d'exploitation réciproque entre compatriotes et coreligionnaires. Le juif polonais est un conscienceux « sweater » de son frère de Pologne, en attendant que ce dernier devienne, à son tour, « sweater » de ceux qui arriveront après lui !
Mais cette exploitation est encore plus abominable dans l'industrie du vêtement parce qu'elle y atteint des êtres faibles : femmes et enfants.
Elle y a été facilitée par les nouveaux procédés de travail. Cela est si vrai que le sweating n'existe pour ainsi dire pas dans la branche du « bespoke » (vêtement sur mesure), où la main d'œuvre est anglaise et « skilled », le même ouvrier exécutant ou étant capable d'exécuter une pièce d'un bout à Fautre. La division du travail, dans la partie de cette industrie qui fabrique le vêtement de luxe, ne se rencontre pas et l'emploi de la machine y est restreint. Les salaires y sont payés à la semaine.
Au contraire, pour le « ready-made » (confection), les vêtements sont exécutés par séries, avec coupage à la machine et une division du travail aussi grande que possible : ce sont les conditions indispensables de l'article bon marché, mis en vente par les grands