DEUXIÈME PARTIE
partie du samedi et parfois y retournent dès le dimanche matin. Le maître, livrant les confections aux marchands chrétiens le samedi après-midi, tient à profiter des heures qui le séparent du terme fixé et le sabbat étant expiré, il reprend aussiôt son activité
La question du « sweating » est donc inséparable de la question d'immigration juive. Les faits sont là! Cette entre-exploitation des juifs pauvres semble constituer pour eux un phénomène naturel et normal; pour l'exploité, c'est une période d'apprentissage, très pénible certes, mais qui lui permettra d'acquérir et de développer rapidement ses aptitudes pour le négoce, qui aiguisera chez lui un appétit commercial que rien n'assouvira plus; ces années de souffrance feront naître chez l'immigré le désir impérieux d'améliorer sa condition, coûte que coûte et quelle que soit la manière d'y parvenir. L'histoire de la vie économique des juifs à Londres se confond avec celle du « sweating » ! J.-A. Stallard écrivait déjà, en 1867, dans son London Pauperism amongst Jeivs and Chrislians (p. 6) : « La condition d'un Polonais qui débarque à Londres » est misérable; ses besoins, son ignorance, le ren- » dent la victime de ses compatriotes. En voici une » preuve : un jeune ménage s'échappe de Pologne; à » son arrivée, le mari trouve du travail chez un cor- » donnier polonais établi ici depuis quelques années, » Le loyer était de 2 shillings, le propriétaire de la » maison donnait de quoi assurer amplement son rem- » boursement et laissait l'un et l'autre sans la moindre » ressource »,
('} Sayous, ibid.
LE MAL
Le « sweating » à Londres est actuellement une maladie juive et étrangère !
Sans aller jusqu'à nier le bien fondé des griefs formulés contre l'immigration, les partisans du « laissez faire » et de la « porte ouverte » ont fait remarquer que cette entre-exploitation » n'atteignait pas les nationaux, les travailleurs des industries organisées et que les immigrants étaient les premiers et peut-être les seuls à souffrir d'un état de choses créé par eux.
Cela n'est pas exact et, sans adopter les exagérations voulues de certains protectionnistes purs, nuance Chamberlain ou Balfour, qui agitent volontiers le spectre du péril étranger, il est juste de constater que dans les industries accaparées par les immigrants, il s'est produit ces dernières années un déplacement, une expropriation du travail anglais.
La question des « sans-travail », des «unemployed », se présente comme un problème assez grave en Angleterre, pour que toute concurrence, même restreinte, de la main-d'œuvre étrangère acquière à l'heure actuelle une importance plus grande. « Employ british labour ! »
Les représentants des Trades-Unions se rattachant aux industries du meuble, de la chaussure et du vêtement ont fait entendre leurs doléances à la commission d'enquête; ils se sont vivement plaints de se trouver sans protection en face de cette arrivée en masse d'immigrants unskilled, qui envahissent peu à peu ces métiers et restent en dehors des Unions, acceptant de petits salaires avec des journées illimitées, désorganisant ainsi ces industries en paralysant les efforts faits par les associations professionnelles pour améliorer les conditions du travail.