DEUXIÈME PARTIE
M. James O'Grady, secrétaire de la National amalgamated Furnishing Trades' Association qui comprend 7.500 syndiqués, tous ouvriers du meuble, sculpteurs, ébénistes ou vernisseurs, a cité, lors de sa déposition devant la commission, l'exemple de certaines maisons étrangères qui emploient des ouvriers étrangers à l'exclusion des nationaux. Il cite notamment la firm Lebus, fabrique de meubles de Tottenham, qui occupe 2.600 Russes et Polonais.
« La Compagnie Lebus, dit M. O'Grady, a fait affi- » cher dernièrement un avis : « No English need » apply! » « Les Anglais ne sont pas embauchés! » Il » s'agissait du déchargement de bois arrivant à quai » par la Tamise. Cela a causé un véritable scandale » parmi les dockers du port de Londres qui ont mani- » festé leur indignation en allant briser les carreaux » de rétablissement! Néanmoins, le travail a été fait » par des Juifs et des Polonais recrutés au refuge de » Léman street. En l'absence de ces immigrants, ce » serait nos ouvriers anglais que Ton aurait employés. » Cela est évident! (If thèse men had not been there, » the factory, it is clear, would have been run by Bri- » tish labour) » (1).
Et M. (VGrady ajoute :
« Notre union est composée d'ébénistes français et » allemands en assez grand nombre. Ils sont les bien » venus! En effet, nous n'avons aucune objection à » faire contre le skilled labour étranger. Il n'en est » plus de même de Yunskilled labour importé ! Le pays » doit impitoyablement fermer ses portes aux travail-
t1) O'Grady, Minutes of Evidence, §§ 13990 et sq.
LE MAL
» leurs à bon marché, aux « greeners » polonais et » juifs qui gâchent le métier (they waste the trade) ; » travail médiocre, salaires avilis! C'est un mal qu'il » faut enrayer à tout prix, tant dans l'intérêt de notre » industrie, de la qualité de nos produits, que des » travailleurs de métier »
Le déplacement du travail anglais est surtout visible dans la fabrication du meuble « camelotte » acheté par la classe moyenne ou les ménages ouvriers.
Le meuble de luxe, l'article soigné qui sort de chez Maple, Schoolbred, Waring ou. Hampton est produit par des artisans « skilled » qui sont Anglais et connaissent leur métier dans son ensemble (they are gênerai hands) (2).
Les maisons de second ordre, la plupart étrangères, emploient des greeners, à l'exclusion d'ouvriers indigènes.
De même, pour l'industrie du vêtement ou de la chaussure, les articles de deuxième qualité et bon marché proviennent du travail étranger. Ainsi, les chaussures de femmes et d'enfants sont manufacturées dans l'East End, par les « greeners » juifs et polonais, dans les conditions que nous avons exposées précédemment. C'est l'expulsion indiscutable de l'ouvrier anglais par l'immigrant î (3).
Certains optimistes (4) ont prétendu que l'ouvrier anglais ne se livrait pas volontiers à ces métiers d'in-
(*) O'Grady, id., §§ 14049-14060.
(2) O'Grady, id., loc. cit.
(3) Voyez mêmes conclusions en ce qui concerne le vêtement, Minutes of Evidence, Richards, § 20135.
(*) James Brown, id., § 11348.