DEUXIÈME PARTIE
archibondé en 1861, avec une population totale de 256.714 habitants, voyait cette population s'accroître graduellement jusqu'à 298.600 en 1901.
La population indigène non seulement n'a pas augmenté pendant ces quarante années, mais elle tend à diminuer : 245.671 individus anglais en 1861 et 244.290 en 1901 (Voir le tableau, p. 91, supra).
Toute l'augmentation est donc due aux immigrants étrangers, presque tous juifs polonais et russes (graphique, supra, p. 31).
A Bethnal Green, le nombre des habitants anglais a augmenté de 104.622 en 1861 à 125.046 en 1901, soit 25 p. 100 en quarante ans, tandis que celui des immigrants a décuplé pendant la même période : il est passé de 479 en 1861 à 4.634 en 1901 (').
Et ces chiffres, pour les deux bourgs, ont dû subir une augmentation considérable en ce qui concerne l'immigration juive pendant les années 1902, 1903 et 1904.
Or le nombre des logements n'a pas augmenté dans l'East End. Non seulement les maisons nouvellement construites n'ont pas été en rapport avec les nécessités créées par l'immigration, mais ces quartiers ont été peu à peu gagnés par l'industrie et les locaux habités ont été démolis pour faire place à de vastes usines (*).
(*) La moyenne des habitants par acre pour l'ensemble de Londres est de 57; de 171 pour Bethnal Green; de 195 pour Whitechapel; de 330 pour Spitalfields {Minutes of Evidence, § 9714, Hev. W. H. Davies).
(*) M. Arnold White constate que l'on a plus démoli à Stepney qne l'on n'y a construit ; Minutes of Evidence, § 1079. — V. également la publication du Gounty Gouncil de Londres sur la Housing Question : the Causes of Overcrowding, p. 90.
LE MAL
Ainsi, le bourg de Stepney, déjà plein comme un œuf il y a 40 ans, a continué de recevoir un flot sans cesse accru de nouveaux habitants qui n'ont pu se caser qu'au détriment de ceux déjà établis et en produisant une compression de plus en plus grande.
La surpopulation qui résultait nécessairement de cette immigration en masse dans le même quartier a d'ailleurs été facilitée plus encore par la qualité même des immigrants.
Les juifs arrivant de Pologne ou de Russie n'ont pas, au point de vue du confort ou de l'hygiène, les mêmes besoins et les mêmes exigences que l'ouvrier indigène. Le juif est habitué à vivre, en Russie, dans des conditions déplorables; l'overcrowding est un phénomène normal dans les ghettos ; il existe d'une manière intense dans les quartiers juifs des villes de la zone.
D'après les statistiques de Souravski, réparties sur 40 années, le nombre moyen des chrétiens habitant une maison de Berdicheff variait entre 400 et 500. Un local de mêmes dimensions dans le quartier juif aurait normalement logé plus de 2.000 individus. La population juive aurait ainsi supporté cinq fois plus de compression que la population indigène.
« C'est une prime à la valeur de concurrence de » l'immigrant juif, dit M. Arnold White; lorsqu'il » arrive en Angleterre, il n'a pas de besoins et loge » n'importe où; son standard of life peut se réduire à » un strict minimum juste nécessaire pour ne pas » mourir de faim ou de manque de soins » (1).
(') Minutes of Evidence, § 345.