DEUXIÈME PARTIE
« Nous nous plaignons que notre réservoir soit trop plein, dit avec beaucoup de justesse M. Williams; fermons le robinet qui l'alimente! Nous limiterons ainsi le mal et pourrons ensuite plus facilement le traiter, le restreindre et le guérir » !
c) L'immigration étrangère et le paupérisme.
Nous avons eu l'occasion déjà de dire quelques mots sur l'admirable organisation de la charité créée par les Comités israéli tes d'Angleterre.
Le Poor Jews'temporaî^y shelter, le Jewish Board of Guardians de Londres avec ses filiales de Glasgow, de Leeds, de Liverpool, de Manchester, le Russo-Jeivish conjoint committee, entr'autres, sont des institutions modèles, dirigées avec un grand dévouement et dans un esprit de large philanthropie et de solidarité très active par des hommes éminents, soutenues sans compter par les contributions delà communauté israélite de Londres : barons de la finance et banquiers du Stock-exchange.
Tous les immigrants hébreux on chrétiens (*) peuvent à leur débarquement s'adresser au Refuge (Poor Jews' temporary shelter), mais ils ne peuvent y séjourner que quinze jours au plus. Il est vrai que ces deux semaines du début constituent pour l'étranger pauvre la période critique ; il peut, pendant ce délai, tout en ayant le gîte et le couvert assurés, se procurer du
(*) Nous rappelons que le « Temporary shelter «reçoit d'importantes subventions des Compagnies maritimes, ce qui, dans une certaine mesure, l'oblige à se montrer indifférent à la question de religion.
LE MAL
travail, retrouver peut-être des parents ou des amis qui l'aideront à se placer. L'administration du Refuge, bien que s'en étant toujours défendue, joue un peu le rôle de bureau de placement; plus d'un patron s'adresse à l'œuvre pour qu'elle fournisse les « greeners » dont il peut avoir besoin pour son industrie.
Après un séjour de six mois au moins en Angleterre, l'étranger de religion juive peut s'adresser au Jewish Board of Guardians (*) qui lui accorde le plus souvent une aide matérielle et morale très efficace.
En effet, — et c'est là un très beau côté de ces œuvres charitables — tous les efforts du Comité des gardiens tendent, non pas à secourir temporairement les immigrants par la distribution d'une aumône, mais à les tirer d'affaire définitivement. Ainsi, aux « unskilled », on fera apprendre un métier; ceux qui sont déjà artisans, qui ont un « gagne-pain » seront placés, recommandés par l'institution aux commerçants ou chefs d'industrie. On s'intéresse à eux, on les suit.
Les secours en argent ne sont donnés que dans les cas extrêmes de maladie ou de chômage forcé.
Cette assistance « morale » a été très bien définie par lord Rothschild, l'un des membres les plus actifs et les plus généreux de la colonie israélite de Londres.
« Ce que nos Comités veulent avant tout, ce n'est pas donner un secours immédiat, une aumône pour empêcher tel pauvre de mourir de faim; ce ne serait là qu'une partie de notre devoir. Nous accordons à nos sujets un intérêt plus paternel, nous cherchons à les
(4) Le Board of Guardians ne s'occupe de ceux qui ont un séjour de moins de dix mois que pour les rapatrier.
Monnier 4